Darmanin, écrivain

Fort heureusement, la presse et les médias ont fait semblant de ne pas voir ces écrits d’un ministre d’État.

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M. Darmanin, qui a comme on se rappelle été mis dans Beauvau par M. Macron après lui avoir remontré « d’homme à homme » qu’il était quelqu’un de très bien, a rédigé naguère, dans ses années d’apprentissage, quelques articles dispensables. Ces papiers ont été publiés dans le magazine d’une organisation liée à un mouvement royaliste fondé dans une fin de (XIXe) siècle dont le plus marquant représentant fut Charles Maurras, chantre du « nationalisme intégral » et inventeur de l’« antisémitisme d’État », condamné au mois janvier 1945 à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale, pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi (1).

Rendu à sa maturité, M. Darmanin a conservé cette appétence pour les travaux d’écriture : il a ainsi confectionné un livre, paru au mois de février aux éditions de l’Observatoire (2), qui traite, c’est son titre, du « séparatisme islamiste », et dans lequel il évoque, au détour de sa démonstration (3), « les difficultés touchant à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l’époque prénapoléonienne. Puis de préciser : « Certains d’entre eux pratiquaient l’usure et faisaient naître troubles et réclamations. » Ce que lisant, l’on aurait presque – presque – l’impression que ce n’était pas la persécution des Juifs qui provoquait alors quelques désagréments, mais bien le comportement de ses victimes.

Puis après cela vient encore un éloge de Napoléon, qui se disait, comme le rapporte M. Darmanin sans questionner le moins du monde cette épouvantable imputation, « résolu de porter remède au mal auquel beaucoup d’entre » ces Juifs « se livr[ai]ent au détriment » des bons « sujets » français – et qui, selon le ministre de l’Intérieur de M. Macron, menait ainsi « une lutte pour l’intégration avant l’heure ».

Dans n’importe quelle contrée dite évoluée, de tels propos, venant sous la plume d’une si haute personnalité, auraient – fort heureusement – soulevé un peu d’émotion.

Ici, et à de rarissimes exceptions près (4), la presse et les médias ont fait semblant de ne pas voir ces écrits d’un ministre d’État. Mais il est vrai aussi que leurs journalistes ont mieux à faire que de s’émouvoir des bassesses venues de trop haut : leur urgence, ces jours-ci, serait plutôt de fustiger le syndicat étudiant qui a osé organiser des réunions réservées à des victimes de discriminations.

(1) L’on suppute qu’un tel passé ne fut de nature à dissuader M. Macron, dont le règne a été marqué, dans ses premières années, par la volonté de célébrer ledit Maurras, puis, quelques mois plus tard, le « grand soldat » Pétain.

(2) Où le contenu de cet ouvrage a donc été attentivement relu – et validé.

(3) Dans des pages signalées sur Twitter par l’amie @NoEmmanuel1.

(4) L’Huma et L’Obs ont consacré de timides articles à ces proférations. Arrêt sur images a publié un passionnant entretien avec l’historien Pierre Birnbaum, qui remet quelques points sur quelques i : « Napoléon et les Juifs : politique “scandaleuse” », sur www.arretsurimages.net


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