Occupations de théâtres : Le Spectacle est dans la rue

À Nantes, les professionnel·les de la culture occupent le théâtre Graslin, foyer de lutte pour la survie de leur activité et contre la réforme de l’assurance chômage. Un mouvement qui s’étend en France.

Patrick Piro  • 24 mars 2021 abonné·es
Occupations de théâtres : Le Spectacle est dans la rue
Des jeunes de la marche pour le climat opèrent la jonction avec les occupants du théâtre Graslin, à Nantes, le 19 mars.
© Patrick Piro

Brève pluie symbolique, tôt matin : elle a cessé de bonne grâce devant la journée très chargée qu’annonce le panneau des activités du vendredi 19 mars, dans le hall du théâtre Graslin. Des posters à foison affirment des revendications, martèlent des slogans, décrivent des listes de tâches à répartir. Il est 10 heures, et la ruche est très animée. Comme les dix nuits précédentes, une trentaine de personnes ont dormi sur la moquette bleu pétrole du somptueux théâtre à l’italienne : occupation. Mercredi 10 mars, Graslin est « pris » par une poignée de professionnel·les du spectacle. Des dizaines d’autres les rejoignent rapidement, puis des étudiant·es en art dramatique ou en musique, des collectifs circassiens et plasticiens, des représentant·es de compagnies artistiques. « Nous avons répondu à l’occupation du théâtre de l’Odéon, à Paris, raconte Virginie Frappart, comédienne et metteure en scène, mais cela fait des semaines que nous sommes en lutte. » (Lire encadré.)

Sur le parvis, des dizaines de personnes ont répondu à l’appel pour l’action. « Le vendredi, pour toutes les occupations similaires en France, c’est jour de lutte contre la réforme de l’assurance chômage, qui concerne tout le monde, pas seulement les salarié·es intermittent·es de notre milieu », explique Martine Ritz, militante du SFA-CGT, branche de la fédération CGT Spectacle. La dégradation des prestations chômage va s’ajouter à une précarisation massive, après une année de fermeture quasi intégrale des salles – cinéma, théâtre, opéra, café-concert, etc. « Dans le spectacle vivant, une moitié d’entre nous a travaillé moins de 200 heures en 2020 : d’ici à août prochain, à l’échéance de “l’année blanche”, qui donc aura cumulé les 507 heures ouvrant droit à l’assurance chômage des intermittent·es du spectacle ? Sans compter la loi de transformation de la fonction publique de 2019 : pour le seul théâtre Graslin, elle leur retirera 3 400 heures de travail en 2021 ! »

On répartit banderoles, seaux de colle et tracts. L’objectif : Pôle emploi-Direction régionale Pays de la Loire, rallié par une petite centaine de personnes. Un groupe pénètre dans les lieux. Négociation. « On vous a

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