Occupations de théâtres : Le Spectacle est dans la rue

À Nantes, les professionnel·les de la culture occupent le théâtre Graslin, foyer de lutte pour la survie de leur activité et contre la réforme de l’assurance chômage. Un mouvement qui s’étend en France.

Brève pluie symbolique, tôt matin : elle a cessé de bonne grâce devant la journée très chargée qu’annonce le panneau des activités du vendredi 19 mars, dans le hall du théâtre Graslin. Des posters à foison affirment des revendications, martèlent des slogans, décrivent des listes de tâches à répartir. Il est 10 heures, et la ruche est très animée. Comme les dix nuits précédentes, une trentaine de personnes ont dormi sur la moquette bleu pétrole du somptueux théâtre à l’italienne : occupation. Mercredi 10 mars, Graslin est « pris » par une poignée de professionnel·les du spectacle. Des dizaines d’autres les rejoignent rapidement, puis des étudiant·es en art dramatique ou en musique, des collectifs circassiens et plasticiens, des représentant·es de compagnies artistiques. « Nous avons répondu à l’occupation du théâtre de l’Odéon, à Paris, raconte Virginie Frappart, comédienne et metteure en scène, mais cela fait des semaines que nous sommes en lutte. » (Lire encadré.)

Sur le parvis, des dizaines de personnes ont répondu à l’appel pour l’action. « Le vendredi, pour toutes les occupations similaires en France, c’est jour de lutte contre la réforme de l’assurance chômage, qui concerne tout le monde, pas seulement les salarié·es intermittent·es de notre milieu », explique Martine Ritz, militante du SFA-CGT, branche de la fédération CGT Spectacle. La dégradation des prestations chômage va s’ajouter à une précarisation massive, après une année de fermeture quasi intégrale des salles – cinéma, théâtre, opéra, café-concert, etc. « Dans le spectacle vivant, une moitié d’entre nous a travaillé moins de 200 heures en 2020 : d’ici à août prochain, à l’échéance de “l’année blanche”, qui donc aura cumulé les 507 heures ouvrant droit à l’assurance chômage des intermittent·es du spectacle ? Sans compter la loi de transformation de la fonction publique de 2019 : pour le seul théâtre Graslin, elle leur retirera 3 400 heures de travail en 2021 ! »

On répartit banderoles, seaux de colle et tracts. L’objectif : Pôle emploi-Direction régionale Pays de la Loire, rallié par une petite centaine de personnes. Un groupe pénètre dans les lieux. Négociation. « On vous a décoré quelques vitres », entame Martine Ritz devant la directrice. Le ton badin s’évanouit rapidement. Martine Chong-Wa Numéric, à la tête de l’établissement depuis début février, n’est visiblement pas à son aise. « Vous avez interrompu une commission paritaire avec les syndicats patronaux et de salarié·es alléguant que le bâtiment était envahi », reproche Chrystèle Savatier, du comité national CGT Chômeurs précaires, qui y assistait. Frustration des manifestants, qui prétendaient y intervenir. « L’argument de la menace sur vos personnes est une vieille tactique, renvoie Martine Ritz en militante chevronnée. Si cela avait été le cas, il y aurait des cars de CRS tout autour : un fonctionnaire des renseignements territoriaux a été prévenu de notre action, il nous a même suivis depuis le théâtre. »

Il reste 71% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.