Dossier : Pandémies : Qui est le coupable ?

Pandémies : L’inaction organisée

L’origine des zoonoses, de l’avis d’experts qui alertent depuis longtemps déjà, est plus à rechercher du côté des activités humaines que d’un animal en particulier.

Plus d’un an après l’émergence de la pandémie de Covid-19, une équipe d’experts chinois et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a enquêté sur ses origines en se rendant à Wuhan, en Chine. Un mois plus tard, ils décident finalement de ne pas rendre publiques leurs conclusions provisoires et renvoient ultérieurement à leur rapport complet. Dans la foulée, un collectif d’une trentaine de personnalités appelle à la conduite d’une investigation complète et indépendante. Les premiers résultats n’étaient pas concluants, notamment sur l’épineux sujet de l’animal vecteur du virus et intermédiaire entre la chauve-souris et l’homme. Pangolin ? Vison ? Blaireau ? Rat des bambous ? Lapin ? Un mystère qui pourrait prendre plusieurs années avant de trouver sa résolution.

Au-delà de la psychose épidémiologique poussant à chercher la culpabilité d’un animal, c’est bien le système global conduisant à ces zoonoses – maladies ou infections se transmettant des animaux vertébrés à l’homme – qui doit être scruté et questionné. « Trouver l’origine est important pour décortiquer les mécanismes d’émergence, pour comprendre comment les zoonoses sortent de leurs réservoirs. Mais pointer tel animal comme responsable n’est pas vraiment pertinent car ces virus font partie de la biodiversité, explique Gwenaël Vourc’h (1), directrice adjointe de l’unité mixte de recherche “Épidémiologie des maladies animales et zoonotiques” à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Ce sont les activités humaines qui créent des situations impactant l’écologie de ces animaux, par l’occupation des terres, la destruction de leurs habitats par exemple, et qui favorisent l’émergence et les opportunités de transmission des virus à l’humain. »

S’intéresser en priorité aux causes d’émergence peine encore à faire son chemin dans les politiques publiques répondant aux crises sanitaires, car cela impliquerait de reconnaître la responsabilité humaine et de remettre en cause le système économique et social reposant sur la mondialisation. Un « aveuglement collectif », « une politique de l’autruche » et un « fonctionnement en silo des disciplines scientifiques et des instances ministérielles » qui ne sont plus acceptables à l’heure de l’anthropocène, pour Marie-Monique Robin. Dans son livre La Fabrique des pandémies (2), la journaliste interroge 62 scientifiques du monde entier sur la situation actuelle : tous sont convaincus que d’autres pandémies arriveront si on ne mise pas sur la prévention. Et quasiment tous oscillent entre lassitude, désillusion, dépit et inquiétudes profondes, car la plupart alertent depuis des décennies sur ce qui est en train d’arriver.

En 1989, déjà, la conférence de Washington sur les maladies et virus émergents mentionnait les causes anthropiques. « Les scientifiques alertent sur cette question depuis bien avant l’établissement de la convention sur la diversité biologique, qui date du sommet de la Terre de Rio de 1992. La recherche sur ce lien entre pandémies et biodiversité fait l’objet de publications depuis une vingtaine d’années », a confirmé sur France Culture Anne Larigauderie, écologue et secrétaire exécutive de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

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