Delphine Batho : « Concilier productivisme et écologie n’est pas possible »

Pour la députée écologiste Delphine Batho, le projet de loi « Climat et résilience » proposé par le gouvernement n’est qu’un leurre politique et ne rompt pas avec le mythe de la croissance.

Selon les dires du gouvernement, le projet de loi « Climat et résilience » est le descendant direct des travaux de la Convention citoyenne pour le climat. Dans les faits, il est critiqué par de nombreuses ONG écologistes, par le Haut conseil pour le climat, et par des député·es, dont Delphine Batho. Dans cette séquence d’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale, la députée du collectif Écologie, Démocratie, Solidarité (EDS) et présidente de Génération écologie fait preuve de pugnacité malgré un débat verrouillé par la majorité et l’omniprésence des lobbys.

Pourquoi affirmez-vous que ce projet de loi Climat et résilience est une « fausse loi » ?

Delphine Batho : Premièrement, le projet de loi tourne le dos aux propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) : Reporterre a relevé que seulement 10 % d’entre elles ont été reprises. Ensuite et surtout, le projet de loi ne permet pas à la France de respecter ses engagements dans la lutte contre le changement climatique, c’est-à-dire que son efficacité est inexistante ou presque. L’évaluation réalisée par Matthieu Orphelin [député écologiste de Maine-et-Loire], dont les compétences en la matière sont établies, montre que le projet de loi permet au mieux d’éviter six à dix millions de tonnes de CO2 par an en 2030, alors qu’il faudrait en éviter 112 millions a minima !

Quels reculs sont les plus dramatiques, selon vous ?

Ceux sur la rénovation énergétique des logements. Le secteur du bâtiment est un enjeu déterminant par rapport à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’énergie, mais aussi en termes de justice sociale. La lutte contre le changement climatique, la justice sociale et la réduction des inégalités fonctionnent ensemble puisque 6,7 millions de Françaises et de Français vivent en situation de précarité énergétique. Le projet de loi a été modifié par amendement de LREM et considère désormais qu’un logement rénové atteignant le niveau C ou D est très performant. Or, toute la stratégie bas carbone de la France est fondée sur des logements A ou B. En ne visant que le niveau C, on fige le parc à un niveau de performance qui n’est pas celui prévu pour respecter l’accord de Paris et la neutralité carbone en 2050. Cela signifiera des rénovations très performantes pour ceux qui en ont les moyens et une logique de rénovation bas de gamme pour les autres. D’autre part, le gouvernement passe son temps à répéter des mensonges sur cette question du logement, notamment en disant que « les passoires thermiques seront interdites à la location en 2028 ». Les logements passoires thermiques seront considérés comme indécents au regard de la loi, mais cela n’interdira pas la location, et les locataires seront toujours obligés de payer le loyer.

Quelques avancées tout de même ?

La ministre de l’Écologie a indiqué qu’elle n’accepterait aucun recul, or il y en a eu beaucoup ! Ils ont même rétabli les échantillons gratuits dans les magazines de presse, supprimé la généralisation de la consigne en vrac, et même la possibilité pour les maires d’autoriser ou pas les écrans publicitaires numériques…

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