Tesla : les pièges de la frime verte

L’engouement pour la marque de voiture électrique de luxe témoigne d’un basculement du marché, avec la promesse d’une écologie heureuse et branchée. Une vraie solution ?

On démarre une Tesla comme on réveille un ordinateur en veille : d’un simple clic, avec une carte magnétique sur l’accoudoir du conducteur. L’habitacle est un cocon de luxe épuré, sans aucun bouton, ni même de tableau de bord ou de levier de vitesses. Tout passe par un grand écran tactile qui modélise en temps réel les informations captées sur la route par des caméras « intelligentes » et offre une palette de bidules numériques à l’ergonomie délicieuse et à l’utilité contestable.

Bienvenue dans l’écologie jouissive, qui vous propulse de 0 à 100 km/h en moins de trois secondes sans un bruit, grâce à ses deux moteurs embarqués et malgré un poids de presque 2 tonnes. Un rêve californien aussi véloce qu’une Ferrari, qui promet de réconcilier les plus féroces instincts mercantiles avec la nécessaire transition écologique.

Tesla monnaye ce rêve entre 70 000 et 140 000 euros et vient de devenir le plus gros vendeur de voitures électriques au monde, grâce à un modèle d’appel dont il a temporairement cassé les prix depuis le mois de janvier. Son « modèle 3 », vendu avec un seul moteur et une puissance comparable aux standards, vaut aujourd’hui 37 000 euros grâce à 7 000 euros de bonus écologique. Soit à peine 5 000 euros de plus que la Zoé électrique de Renault.

Un succès déroutant, pour tous les incrédules qui ont observé l’apparition de cette petite entreprise de voiture de luxe en 2008. Tesla écoulait alors à peine plus d’un millier de décapotables luxueuses à des personnalités de la très haute sphère (1). Mais le constructeur a réussi son pari technologique et affiche des performances que les constructeurs historiques peinent à atteindre, notamment en matière d’autonomie des batteries, la principale lacune des véhicules électrique (2). « Les ingénieurs de Tesla ont réalisé une prouesse, grâce à une vision globale du fonctionnement des batteries, là où beaucoup de recherches se concentraient sur des petites parties du processus », s’émerveille Katia Araujo Da Silva, chercheuse à l’Institut de chimie de Clermont-Ferrand.

Tesla engrange désormais de l’avance sur ses concurrents en déployant son propre réseau de recharge, avec déjà 80 stationsen France, accessibles uniquement aux Tesla, dotées d’une puissance pouvant grimper à 5 fois les standards du moment. Bien qu’inaccessibles pour la majorité des conducteur·trices, les Tesla redorent l’image des véhicules électriques et accélèrent un véritable basculement du marché automobile. Les généreuses primes à l’achat font le reste depuis un an : le nombre d’immatriculations de voitures électriques en France a doublé deux fois en deux ans, pour atteindre 15 % des voitures vendues en 2020.

« La demande de lithium devrait être multipliée par 20 en 2030 et par 60 en 2050. »

Faut-il se réjouir que les millionnaires friment désormais au volant d’un bolide censé « accélérer la transition mondiale » et que des millions de quidams soient invités à les imiter ? Les associations écologiques affichent une position mesurée : en prenant en compte la totalité de la filière, la voiture électrique a un impact climatique environ deux fois moindre que son équivalent essence, notent cinq ONG climatiques dans un rapport sur le sujet (3). « Il faut activer tous les leviers pour décarboner le transport et l’électromobilité en est un, estime Marie Cheron, de la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme. Mais ceci, à plusieurs conditions. »

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