Votre sénateur de proximité

Ça fait soixante-quinze ans que je fais ce dur métier, je crois avoir été de tous les combats existentiels du dernier demi-siècle.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Vous me reconnaissez ? Je suis M. Leblanc. Votre sénateur de proximité. (De droite, évidemment, pourquoi ? Il existerait d’autres choix ?)

Ce qui m’amène ? Je suis en colère. Très. (Pour tout vous dire, je n’ai pas souvenir d’avoir jamais été aussi profondément ulcéré, même quand mon projet de suppression de l’âge de départ à la retraite a été retoqué.)

Ça fait soixante-quinze ans que je fais ce dur métier, je crois avoir été de tous les combats existentiels du dernier demi-siècle, et je m’y suis toujours investi avec passion. Je me rappelle encore les exténuantes nuits blanches durant lesquelles nous avons, avec mes plus proches collègues – Bruno Leblanc, Éric Leblanc, Franz-Olivier Leblanc, Gérald Leblanc, Gilles Leblanc, Manuel Tumemetsquelquesleblancs, Pierre-André Leblanc, Raphaël Leblanc, et Marlène Lablanche, bien sûr, pour la parité et la sténo –, confectionné en catastrophe un projet de loi multipliant par sept le montant des droits d’inscription des Roms souhaitant s’insérer dans les universités dont nous venions de proposer qu’elles soient dégraissées avant que d’être privatisées.

(Et je ne vous dis rien de mes 11 374 questions écrites au gouvernement sur l’interdiction de l’islam dans l’espace privé, ni de mon amendement « Derek Chauvin » de la semaine dernière – dont j’espère tout de même qu’il sera promptement adopté, parce qu’il est plus que temps que la peur change de camp, et quoi de plus dissuasif qu’un tir de semonce dans le fémur ?)

Bref, l’autre jour, je décide d’assister à une réunion d’étudiants « victimes » du « racisme », organisée, m’avait-on dit, par l’islamo-bolchevique Audrey Pulvar.

Pas que j’y croie, n’est-ce pas ? Si ce pays était « raciste », un gars comme Didi serait depuis longtemps retourné là d’où il n’aurait jamais dû partir. Mais je voulais vérifier ces rumeurs sur l’importation au pays des droits de l’homme de la canne-chaise culture qui a dit-on ravagé l’université de Stanford, à New York (Wisconsin).

Je demande à mon chauffeur – ce brave Didi, faites-moi penser à vous raconter un jour comment je l’ai finalement naturalisé – de me déposer un peu loin, je couvre les soixante derniers mètres à pied en pleine digestion, et que me dit la jeune sauvageonne d’apparence LIBTG qui cuvait devant le sas ? « On est déjà six, et c’est non mixte. »

Je n’ai toujours pas décoléré, mais ça ne va pas se passer comme ça. Avec les leblancs – comme on s’appelle entre nous –, on s’est immédiatement réunis pour concocter un amendement permettant de dissoudre les associations qui organisent des réunions non mixtes réservées aux immigrés. Parce que, d’une, comme on s’est dit avant que Marlène ne vienne taper notre communiqué : on ne va pas se laisser casser les couilles. Et de deux : si on ne leur interdit pas très vite de se rassembler pour comploter, tu verras que ces fascistes à nez percés finiront par beugler que nos longues nuits de travail sont trop blanches.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.