Chapelle-Darblay, un combat d’avenir

La papeterie pourrait être reprise par une société coopérative d’intérêt collectif.

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Tous unis pour sauver la papeterie de la Chapelle-Darblay : syndicats et associations citoyennes et écologistes, fédérés dans la coalition Plus jamais ça, ainsi que les élus locaux de Normandie, ont mis le gouvernement sous pression pour empêcher la multinationale finlandaise UPM de démanteler la dernière usine de papier recyclé en France. Bien que l’usine soit arrêtée depuis un an, les savoir-faire et les machines, fleurons de l’industrie papetière, ont pu être préservés grâce au délai arraché par les salariés « Pap-Chap » et leur syndicat CGT. Mais le délai expire en juin, date à laquelle UPM va annoncer s’il retient l’une des offres de reprise et laquelle.

Tout le monde en convient : l’usine est performante, les besoins régionaux de recyclage sont massifs, l’envoi de 350 000 tonnes de déchets par camion vers l’Allemagne ou l’Italie est une absurdité écologique. Les salariés sont légitimement fiers à la fois de leur savoir-faire technique et de leur contribution environnementale. Ils refusent tout projet de reprise du site qui détruirait les machines et abandonnerait l’activité de recyclage.

Pourtant, même si un repreneur portant un projet papetier se présente, il n’est pas certain qu’UPM accepte de lui vendre de si belles capacités de production. Le droit de propriété capitaliste – usus, fructus et surtout abusus – autorise UPM à vendre le terrain à n’importe qui pour faire n’importe quoi. Au cas où un accord sur un projet de reprise ne pourrait malheureusement pas être trouvé dans l’immédiat, tout ne serait pas fini pour autant. L’intérêt général – au nom duquel le ministère du Travail a déjà refusé le licenciement des représentants du personnel – pourrait être invoqué pour inventer du neuf.

La coalition Plus jamais ça le propose dans sa récente publication « Pas d’emplois sur une planète morte » : « Pour reprendre la main sur les choix productifs et l’organisation du travail, il faut multiplier les expériences de gestion directe des entreprises par les travailleur·euses et les collectivités (publiques ou associatives) concernées par leur activité. On peut poser et organiser différemment l’accès au capital nécessaire pour les entreprises que via des grands investisseurs capitalistes. »

La papeterie pourrait être reprise par une société coopérative d’intérêt collectif (Scic), portée par des investisseurs publics et individuels, les salariés, des associations. La Banque publique d’investissement et les collectivités territoriales pourraient apporter le capital – rien d’extravagant – nécessaire à la relance de l’usine, complété éventuellement par une souscription citoyenne, comme à la Coopérative des masques en Bretagne. S’il s’avérait dans les mois qui viennent que la loi du marché capitaliste veut une nouvelle fois sacrifier à la fois l’emploi et l’environnement, le combat pour une alternative coopérative pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux Pap-Chap et bien au-delà.

Par Thomas Coutrot Économiste, membre d’Attac.


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