Gisèle Halimi au Panthéon !

L’engagement de cette grande femme contre la torture, la colonisation et la guerre est en passe de lui barrer la route vers la panthéonisation.

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En France, en 2021, l’engagement d’une femme contre la torture, contre la colonisation, contre la guerre est en passe de lui barrer la route vers la panthéonisation. L’on considère que ça n’est pas consensuel et, par conséquent, que cela ne fait pas d’elle une grande femme parmi les femmes. L’une de celles à qui la patrie doit reconnaissance. Depuis sa mort, en juillet 2020, sa panthéonisation a été proposée comme une évidence.

Mais il semblerait que le rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie commandé par Emmanuel Macron à Benjamin Stora ait « clivé » dans les couloirs du palais. Dans ce rapport, l’historien recommande de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon non pas seulement au nom de son engagement féministe, mais comme « figure d’opposition à la guerre d’Algérie ». Quel toupet ! Revenir comme ça, abruptement, sur un passage si douloureux de l’histoire tricolore… « Certaines associations de harkis ou de pieds noirs l’ont pris comme une insulte. » Les mêmes qui sont tombés sur le Président lorsqu’il eut le courage – qui n’a pas duré bien longtemps – de dire haut et fort ce qu’est la colonisation : un crime contre l’humanité ? La violence de la colonisation serait encore aujourd’hui, en France, un tel tabou qu’il empêcherait de rendre l’hommage qui lui est dû à l’une des figures de l’engagement humaniste et républicain de ce pays ?

Certes, au cours de sa carrière, l’avocate a défendu des militants du Front national pour la Libération (FLN) poursuivis par l’État français. Parmi eux, Djamila Boupacha, arrêtée pour tentative d’attentat et dont les aveux lui furent arrachés par le viol et la torture. Gisèle Halimi en a fait le procès médiatique des méthodes de l’armée française en Algérie. Emmanuel Macron aurait-il donc un problème avec la reconnaissance de cette histoire de France ?

Par ailleurs, a-t-on émis une opposition à la panthéonisation de personnalités comme Voltaire pour ses considérations sur les juifs, dont il écrivit, par exemple, qu’ils furent la nation « la plus détestable qui ait jamais souillé la terre » ? Les femmes se doivent-elles d’être encore plus irréprochables que ces messieurs pour avoir l’audace de figurer parmi les Grands Hommes de la Nation ?

N’en déplaise, l’engagement de Gisèle Halimien faveur de la liberté des femmes, pour la dépénalisation de l’homosexualité et en soutien aux colonisés est un seul et même combat : celui des opprimés. Ne pas voir cette continuité, c’est être aveugle. Ou vouloir se mettre des œillères bien pratiques. De celles qui permettent d’acclamer d’un côté et, « en même temps », de fustiger de l’autre…


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