L’acharnement insécuritaire

La première des sécurités est la sécurité sociale, celle qui protège contre la précarité.

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L’autre jour – c’était le 19 avril –, Emmanuel Macron, chef de l’État français (qui, déjà très plein de lui-même, se plaisait, dans les premiers temps de son quinquennat, à s’autoportraiturer en « maître des horloges » et qui, de concert avec ses ministres les plus réactionnaires, racole ces temps-ci le votat d’extrême droite à grands coups de tirades sécuritaires), a confectionné ce tweet : « Dans les quartiers les plus modestes, où le temps a laissé les difficultés économiques et sociales s’installer, la violence prend ses racines. La sécurité est un combat social. C’est un combat pour l’égalité. Les mêmes chances pour tous ! Un combat mené par la fraternité. »

Soyons justes : il y a du vrai dans ces propos. Car la sécurité est en effet « un combat social ». Plus précisément : la première des sécurités est la sécurité sociale. Celle qui prémunit et protège contre les angoisses immensément destructrices où précipite la précarité. Contre l’épouvante qui naît de la détresse financière, notamment (1). Contre cette extrême violence qu’est la misère.

Mais, pour le reste, le tweet d’Emmanuel Macron est – s’en étonnera-t-on – manipulateur et mensonger, et pas seulement parce qu’il suggère que « la violence » serait un attribut spécifique des « quartiers les plus modestes ».

Puisque, bien sûr, ce n’est pas « le temps » (que le chef de l’État français, provisoirement devenu moins fanfaron, ne prétend plus maîtriser) qui « a laissé les difficultés économiques et sociales s’installer » partout en France, et en particulier parmi les populations les plus défavorisées, les plus fragiles, les plus vulnérables.

Ce n’est pas « le temps », mais bien Emmanuel Macron, président des riches, qui, depuis son élection, a notamment baissé les aides personnalisées au logement. Qui a supprimé l’impôt (si bien nommé) de solidarité sur la fortune (ISF). Et qui a plus récemment procédé à un rapetissement des allocations-chômage, dans lequel l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui n’est pas exactement un repaire de redistributistes fanatiques, a identifié une « incitation au déclassement (2) ».

Ce n’est pas « le temps », mais bien Emmanuel Macron, qui a donc non seulement « laissé les difficultés économiques et sociales s’installer » sans jamais réagir, mais qui les a, en vérité, constamment aggravées par des mesures iniques.

De sorte qu’à la relecture de son tweet du 19 avril, la conclusion s’impose que ce président qui a mené depuis quatre ans un combat antisocial contre l’égalité et la fraternité est probablement le plus insécuritaire de l’histoire du dernier demi-siècle.

(1) Quand j’étais petit, un groupe de keupons parisiens – Oberkampf, pour ne pas le nommer – chantait (façon de parler) : « L’argent ne fait pas le bonheur ? Qui a dit cette connerie ? » Bonnes questions.

(2) Liste non exhaustive.


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