Le changement climatique est-il un des facteurs de l’émergence du Covid-19 ?

Plusieurs études répondent positivement à cette question. Et c’est aussi le cas pour d’autres maladies infectieuses.

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La crise climatique fait toujours rage. Il y a un an, les manchettes des journaux étaient dominées par le mouvement des jeunes pour le climat et le sentiment d’urgence face aux désastres environnementaux annoncés. Mais le Covid-19 a déplacé cet intérêt : en 2020, nous comptions les décès par milliers ; en 2021, ce sont les variants du virus que nous énumérons par dizaines.

En fait, les causes des deux crises ont des points communs et leurs effets convergent. L’urgence climatique et la pandémie zoonotique du Covid-19 sont toutes deux imputables à l’activité humaine, qui a conduit à une dégradation de l’environnement et à la chute de la biodiversité. Or ni l’urgence climatique ni cette pandémie n’étaient inattendues et imprévisibles.

En janvier 2021, un article publié dans Science of the Total Environment a mis en évidence le fait que le changement climatique peut avoir joué un rôle causal direct dans l’émergence du virus responsable de la pandémie du Covid-19. Des chercheurs de l’université de Cambridge ont modélisé la présence de populations de différents types de chauve-souris, en utilisant des données de température et de pluviométrie pour déterminer la localisation du type de végétation constituant leur habitat. L’étude a révélé que 40 espèces supplémentaires de chauves-souris se sont installées dans la province du Yunnan (sud de la Chine) au cours des cent dernières années, abritant environ 100 autres types de coronavirus. Cette étude a révélé des changements à grande échelle dans le type de végétation dans cette province chinoise et dans les régions adjacentes en Birmanie et au Laos, lieux où les données génétiques suggèrent que le Sars-Cov-2 pourrait avoir émergé. Les changements climatiques, y compris l’augmentation de la température, la couverture nuageuse et le dioxyde de carbone atmosphérique, qui affectent la croissance des plantes et des arbres, ont changé les habitats naturels des arbustes tropicaux. Cela a créé un environnement approprié pour de nombreuses espèces de chauves-souris, qui vivent principalement dans les forêts en se nourrissant de nectar et de fruits.

Par la suite, le virus est probablement passé des chauves-souris à d’autres mammifères (mustélidés), qui ont ensuite été vendus sur un marché aux animaux sauvages à Wuhan – où l’épidémie humaine initiale s’est produite. À mesure que les humains accèdent aux derniers habitats naturels restants via la déforestation, il devient de plus en plus probable que nous rencontrions des espèces animales nouvelles, sources de virus émergents.

Une étude publiée dans Nature Communications en février 2021 a mis en évidence que le nombre potentiel de nouveaux coronavirus chez les animaux – sauvages comme domestiques – était largement sous-estimé. Plus précisément, elle prédit l’émergence de quarante fois plus d’espèces animales porteuses de coronavirus par rapport à ce qui a été observé aujourd’hui. Le Sars-Cov-2 pourrait être trouvé dans 126 espèces autres que l’homme. Le modèle prédit par les chercheurs montre aussi que 231 espèces de mammifères (humains et rongeurs de laboratoire exclus) pourraient contracter au moins 10 des 411 types de coronavirus existants.

Le Covid-19 n’est pas la seule maladie infectieuse liée au changement climatique. Depuis de nombreuses années, l’Organisation mondiale de la santé et le mouvement One Health établissent des règles afin de protéger les habitats sauvages et de faire en sorte que les animaux gardent leurs micro-organismes (virus, bactéries) au lieu de nous les transmettre. Mais aussi afin de mettre en place une surveillance étroite des milieux dans lesquels les virus des animaux sont le plus susceptibles d’évoluer en pathogènes humains et de tenter d’éliminer ceux qui montrent des velléités d’adaptation à l’organisme humain, avant qu’ils ne déclenchent des épidémies. C’est précisément ce à quoi s’attellent depuis dix ans les chercheurs du programme « Predict », financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Plus de 900 nouveaux virus liés à l’extension de l’empreinte humaine sur la planète, parmi lesquels des souches jusqu’alors inconnues de coronavirus comparables à celui du Sras, ont déjà été identifiés !

Tandis que l’approbation de plusieurs vaccins contre le Covid-19 a suscité l’espoir en vue d’une fin de la pandémie, lesdits vaccins ne seront sans doute pas la fin de l’histoire du Covid-19. Il y aura toujours la possibilité du virus d’évoluer sans cesse, au risque d’éluder la protection vaccinale.

Emmanuel Drouet Microbiologiste à la faculté de pharmacie de Grenoble


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