« L’économie s’enferme dans l’extraction de rente pour satisfaire les actionnaires »

Alors qu’elles ont bénéficié d’aides publiques sans contreparties, les entreprises du CAC 40 ont versé de généreux dividendes. Une impasse dénoncée par Olivier Petitjean et Maxime Combes, de l’Observatoire des multinationales.

Erwan Manac'h  • 26 mai 2021 abonné·es
« L’économie s’enferme dans l’extraction de rente pour satisfaire les actionnaires »
© ERIC PIERMONT / AFP

La primauté donnée aux actionnaires, en cette année de pandémie, par les entreprises du CAC 40 dévoile la vraie mesure de la financiarisation de l’économie, devenue « intenable », soulignent les auteurs du rapport « Allô Bercy ? ». Ils entendent amplifier leur travail de dénonciation, avec le renfort d’un « arc de forces » syndicales, politiques, etc. aussi large que possible, pour faire de la conditionnalité des aides aux entreprises un sujet central des prochaines échéances électorales.

Qu’avez-vous appris en menant votre enquête sur les entreprises du CAC 40 durant cette année si particulière ?

Olivier Petitjean : Cette pandémie a été révélatrice. Nous avons assisté à l’accélération d’une spirale infernale : les entreprises ont réussi à obtenir qu’aucune condition ne leur soit imposée en contrepartie des aides extrêmement importantes qu’elles percevaient, parfois sans besoin réel. C’est un tour de force et une victoire des actionnaires, qui parviennent à afficher encore plus clairement le caractère sacro-saint des dividendes. Ce qui était déjà central sort en réalité renforcé par la crise.

Maxime Combes : Le plus frappant, pour moi, c’est la capacité qu’ont eue les pouvoirs publics à revoir complètement leurs pratiques, en débloquant des aides massives au secteur privé alors qu’ils étaient auparavant bloqués dans une perspective de rigueur budgétaire. Investir 155 milliards, selon les chiffres de l’Union européenne, pour aider les entreprises en France, c’était doter les pouvoirs publics d’une capacité d’intervention considérable et historiquement incroyable. L’État s’est donc doté d’une arme

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