Leïla Shahid : « En annulant les élections, Abbas a raté une occasion historique »

Le président de l’Autorité palestinienne a créé une forte déception dans une population en attente de renouveau démocratique, estime Leïla Shahid.

Denis Sieffert  • 5 mai 2021 abonné·es
Leïla Shahid : « En annulant les élections, Abbas a raté une occasion historique »
Des Palestiniens se réunissent le 25 avril à la porte de Damas, à l’entrée de la vieille ville de Jérusalem, où ils étaient empêchés de se rendre depuis le début du ramadan par la police israélienne.
© Ahmad GHARABLI / AFP

En annonçant le report sine die des élections législatives palestiniennes, prévues pour le 22 mai, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a cédé au refus israélien de permettre l’organisation d’un scrutin indépendant à Jérusalem-Est. Pour Leïla Shahid, il prive une génération d’une mobilisation démocratique qui aurait pu déboucher sur un renouveau. L’ancienne déléguée générale de Palestine en France analyse les effets prévisibles de cette décision et trace des pistes d’avenir pour la Palestine. La parole d’une femme libre.

Comment interpréter la décision d’annuler une fois encore une élection qui n’a pas eu lieu depuis 2006 ?

Leïla Shahid : Mahmoud Abbas a raté une occasion historique. Et je pense que ça restera dans l’histoire comme sa plus grande erreur. Pourquoi ? Parce que, contrairement à ce qu’on pouvait penser, et à ce que je pensais moi-même, les sondages ont montré que les jeunes étaient très mobilisés par ces élections. L’image de l’Autorité palestinienne est pourtant très abîmée. Or, à ma grande surprise, deux sondages, dont l’un du Palestinian Center for Policy and Survey Research, et l’autre du Jerusalem Media and Communication Center, en mars et avril, ont montré que 93 % des Palestiniens se sont inscrits sur les listes électorales. Il y avait donc une vraie mobilisation, surtout des jeunes. J’adore quand la réalité nous surprend. Et pourtant, aucune institution ni aucun parti n’est populaire. Seuls les prisonniers ont la réputation d’être « les meilleurs d’entre nous ».

En donnant à Israël le droit d’interdire les élections, Abbas n’a pas décidé de reporter les élections seulement à Jérusalem, mais partout, et toutes les élections législatives du mois de mai, la présidentielle de juillet et,

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