Social et environnement, même urgence

Pour que le chômage de masse et les politiques d’austérité dus à la crise sanitaire ne relèguent pas au second plan les luttes pour la planète, le mouvement climat doit défendre les intérêts des classes populaires.

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L’énorme impact économique et social à venir de la crise sanitaire actuelle aura-t-il les mêmes effets que la crise économique de 2009-2010 sur le mouvement climat ? La bataille climatique avait alors disparu d’un coup de l’agenda politique et citoyen mondial après avoir été à son apogée avec la mobilisation internationale autour du sommet de Copenhague.

Les temps ont changé depuis. Réchauffement climatique bien plus tangible, même en Occident, existence d’un véritable mouvement climat, avec une capacité réelle de mobilisation et d’organisation. Reste que chômage de masse et politiques d’austérité peuvent demain reléguer au second plan l’urgence climatique. Sauf à réussir à lier les deux, pas seulement dans nos discours et nos slogans, mais également dans les pratiques quotidiennes, partout et surtout au sein des populations qui seront les plus touchées par la crise économique et sociale à venir.

On ne part pas de zéro et beaucoup de choses ont déjà été pensées, écrites et expérimentées dans ce sens. Les propositions de contribution climat solidaire du Réseau action climat, les études sur les emplois climatiques publiées par Bizi ! au niveau local, ou par Attac, Solidaires, la FSU, etc. au niveau national ; mais aussi les initiatives communes d’Alternatiba ou d’ANV-COP 21 et de certaines associations travaillant dans les banlieues ; la plateforme « Plus jamais ça » lancée notamment par Greenpeace, Attac, Oxfam, les Amis de la Terre, la CGT, la FSU, Solidaires et la Confédération paysanne… Tout cela ouvre des pistes dans la bonne direction.

Il faut désormais passer à la vitesse supérieure. Si l’on veut que les thèses et propositions du mouvement climat soient reprises à leur compte par les milieux populaires, qu’ils y voient les solutions à leurs problèmes de chômage, de pauvreté, de santé, de sentiment d’isolement et d’insécurité, de manque de perspectives que la crise va aggraver considérablement, il n’y a finalement pas 36 000 chemins. Ce n’est pas en expliquant et en répétant que nos solutions sont bien meilleures et désirables que celles de l’extrême droite ou des intégristes de tous poils que nous gagnerons cette bataille-là. D’après moi, c’est uniquement si les militant·es du climat sont aux avant-postes de la défense des intérêts et des besoins matériels des classes populaires que leurs propositions globales, mêlant justice sociale et métamorphose écologique de nos sociétés, seront comprises, acceptées, appropriées par elles.

Des militant·es climat ont récemment créé au Pays basque un mouvement nommé Alda (« Changer » en langue basque) pour défendre les intérêts et les aspirations des populations, familles et personnes des quartiers et milieux populaires. S’occupant des problèmes de logement (dans une zone particulièrement tendue à ce niveau), défendant des personnes peu au fait de leurs droits face à l’administration, à telle compagnie d’assurances ou à tel propriétaire, les membres d’Alda vont de manière volontariste à la rencontre des habitants des quartiers, par le biais d’une enquête populaire ou en diffusant un journal des quartiers sur chaque paillasson. Il s’agit d’un travail d’implantation particulièrement accaparant, mais qui déjà porte ses premiers fruits. Des personnes en difficulté, totalement inconnues du mouvement climat – et plus globalement des associations, syndicats et partis existant localement –, contactent elles-mêmes Alda, qui a désormais ouvert une première permanence à la ZUP de Bayonne. Il sera particulièrement instructif de suivre ce genre d’expériences pour voir ce qu’elles produisent comme dynamiques, mobilisations et propositions tentant de répondre à partir du terrain et de la pratique concrète aux problèmes de « fins du mois et de fin du monde ».

En lien avec cette démarche naissante, je tiens à saluer ici la mémoire d’un petit paysan et grand militant, Mixel Berhocoirigoin, qui vient de nous quitter. Lui avait réussi, depuis longtemps déjà, cette synthèse concrète entre justice sociale et urgence écologique et climatique. Cofondateur de la Confédération paysanne, il en a été le premier secrétaire général, de 1989 à 1991, et fut un artisan important du projet d’agriculture paysanne comme alternative à l’agriculture industrielle, productiviste et climaticide. Compagnon de route d’Alternatiba depuis ses débuts, président de la chambre d’agriculture alternative du Pays basque pendant dix ans, doté d’une intelligence et d’une bienveillance peu communes, d’une capacité visionnaire autant que d’un talent pédagogique admirable, Mixel forçait l’amitié, le respect. Il n’a pas fini de nous inspirer, d’éclairer notre chemin.

Par Txetx Etcheverry Cofondateur d’Alternatiba, militant de Bizi ! et d’ANV-COP 21.


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