Une fâcherie de Manuel Valls

Motif : Libération a rapporté qu’il venait de signer une tribune avec des personnalités d’« extrême droite ».

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Manuel Valls n’est pas content du tout. Ce n’est pas forcément nouveau : un examen superficiel des innombrables photos de lui en mode vois-mon-œil-ombrageux qui ont été publiées dans la presse depuis que François Hollande l’a mis dans Matignon (1) peut vite faire supposer qu’il n’est que modérément porté sur la bonne humeur.

Mais là, il est vraiment fâché. (Avec un « é ».)

Motif : le quotidien Libération a publié la semaine dernière (2) un entrefilet rapportant qu’il venait, quelques heures plus tôt, d’apposer sa signature au bas d’une tribune de soutien au gouvernement israélien publiée par Le Figaro et signée aussi par des personnalités d’« extrême droite ».

Ulcéré par tant d’incivilité, l’ex-Premier ministre (3) a confectionné ce tweet rageur : « Signer avec Élisabeth de Fontenay, Luc Ferry […] ou Pierre-André Taguieff et d’autres – oui, et alors ? – qualifiés par @libe d’extrême droite est un crime dès lors qu’il s’agit de fustiger l’islamo-gauchisme qui détruit l’universalisme. »

Cette repartie est mensongère, puisqu’à aucun moment Libé ne prétend dans sa brève qu’Élisabeth de Fontenay, pour ne citer qu’elle, serait d’extrême droite.

Le journal s’alarme plutôt de la présence de ces « autres » signataires dont l’ancien Premier ministre fait mine d’assumer crânement la proximité, mais dont, bridant tout de même cette mâle vaillance, il tait l’identité.

Soit, notamment : « L’avocat très très à droite Gilles-William Goldnadel. » Mais aussi et surtout l’essayiste britannique Bat Ye’or, inventrice du mythe complotiste d’« Eurabia » – un néologisme « désignant un continent et une culture européens soumis de leur plein gré à l’islam et à son corpus de lois normatives, la charia, ayant renié leurs racines “judéo-chrétiennes” et de surcroît en voie d’être démographiquement submergés par les musulmans, au point que les Européens “de souche” deviendraient bientôt minoritaires (4) ».

Mais on comprend que Manuel Valls préfère ne pas trop s’étendre sur le CV de cette digne femme, dont les écrits ont notamment été une importante source d’inspiration pour le terroriste néonazi Anders Behring Breivik, qui a assassiné 77 personnes à Oslo et à Utoya en 2011 – car il lui sera bien sûr un peu difficile, après s’être si facilement accommodé d’une telle promiscuité, de fustiger de nouveau la « gauche de la honte » qui avait selon lui marché contre l’islamophobie en mauvaise compagnie en 2019.

(1) Sans même parler de l’époque, beaucoup plus ancienne, où, en tant que député-maire d’Évry (Essonne), il dénonçait à la Mutualité, comme l’a déjà raconté dans ces pages l’ami Sieffert, la « colonisation » israélienne qui « viole le droit international ».

(2) « Valls pas gêné de signer une tribune avec l’extrême droite », Libération, 21 mai 2021.

(3) Qui avait déjà manifesté dans le même cortège que l’extrême droite espagnole dans les rues de Madrid en février 2019.

(4) « Le monde manichéen d’Eurabia », par Jean-Yves Camus, Le Monde, 28 mai 2012.


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