Une « fantasy » au féminin

Plusieurs autrices poursuivent une entreprise de réappropriation politique de ce genre littéraire.

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La fantasy, cette enivrante littérature de l’imaginaire dont John Ronald Reuel Tolkien a si spectaculairement défini le canon au mitan du siècle dernier – dans Le Hobbit (1), puis Le Seigneur des anneaux (2) –, a d’abord été une affaire d’hommes écrivant des histoires dont les personnages principaux étaient, pour la plupart, masculins. Puis sont venues des autrices, qui l’ont féminisée.

Comme, première parmi ses paires, la formidable romancière états-unienne Ursula K. Le Guin, disparue en 2018, qui dans ses interventions publiques dénonçait vertement (et en même temps qu’elle s’étonnait que le « prolétariat » y fût si peu représenté) « la situation déplorable des femmes dans la science-fiction », et dont l’une des inoubliables héroïnes – Tenar, guérisseuse et sorcière – déplorait, dans le merveilleux cycle de Terremer (3), qu’« une reine », dans ces univers, ne soit qu’« un roi femelle ».

Robin Hobb, quant à elle, de son vrai nom Margaret Astrid Lindholm Ogden, qui professe publiquement des avis beaucoup plus arrondis, n’en développe pas moins, dans l’une de ses plus fameuses sagas – L’Assassin royal (4) –, et à partir de l’idée, exprimée par un personnage qui apparaît alternativement sous les traits d’un homme et d’une femme, que « les mots ne contiennent ni ne définissent personne », une subtile méditation sur le genre.

Aujourd’hui, plusieurs autrices poursuivent cette entreprise de réappropriation politique de la fantasy, qu’elles insèrent dans leur époque en l’ouvrant très résolument à l’intersectionnalité. C’est le cas, par exemple, de Nora K. Jemisin, romancière et militante féministe états-unienne, dont la stupéfiante trilogie des Livres de la Terre fracturée (5) fut la première de l’histoire à obtenir consécutivement trois prix Hugo – la plus haute récompense annuelle pour un ouvrage de science-fiction.

Ou, plus récemment encore, d’une nouvelle venue qui a semble-t-il entendu la déploration de Tenar. La Britannique Samantha Shannon – c’est son nom – raconte en effet, dans les deux tomes de son délicieux Prieuré de l’oranger (6), un monde où se retrouvent tous les ingrédients nécessaires à la confection d’une fantasy réussie – jusqu’aux dragons, jusqu’à la magie, jusqu’à la guerre. Mais dans ce monde, qui est aussi et surtout, et cela change beaucoup, principalement peuplé de femmes, les reines, si elles restent soumises à de gigantesques contraintes, ne sont plus seulement des « rois femelles » – Sabran IX, entourée de chevaleresses, dirige un « reinaume » –, et nombre d’autres normes sont également déconstruites : vivement la suite (7).

(1) Le Livre de poche.

(2) Pocket.

(3) Le Livre de poche.

(4) J’ai lu.

(5) J’ai lu, 2020.

(6) J’ai lu, 2021.

(7) Signalons, de ce côté-ci de l’Atlantique et de la Manche, l’incontournable Pas tout à fait des hommes, de Lizzie Crowdagger, dont le titre vaut manifeste, et qui peut être commandé sur son site : crowdagger.fr


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