Une relance économique ? Laquelle ?

Pour l’instant, c’est la relance du monde d’avant qui sert de référence.

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L’économie française va mal. Selon le critère aussi dominant que discutable du PIB, celui de la zone euro a chuté de 6,6 % en 2020, mais celui de la France a plongé de 8,2 % (OCDE), une conséquence de la gestion calamiteuse et autoritaire de la pandémie et des politiques passées d’austérité dans la santé publique comme dans d’autres domaines. Mais c’est pire selon le seul critère qui vaille : la capacité d’une économie à faire face aux immenses défis écologiques et sociaux déjà là.

Les péripéties de la crise actuelle ont montré à quel point il était important de disposer nationalement et localement de productions de biens et de services « essentiels », dans le domaine de la santé certes, mais aussi dans l’agriculture, l’énergie, les transports, l’éducation, entre autres. Or les politiques des vingt dernières années, fondées sur la quête éperdue de la compétitivité privée et sur l’austérité publique, ont sacrifié des capacités essentielles : la recherche (publique et privée), la présence nationale de productions vitales (de plus en plus délocalisées), une éducation non vouée à la sélection des « élites », une agriculture paysanne non toxique et non polluante, les énergies renouvelables (la France est en queue de peloton des pays européens, avec 10 % de renouvelables dans la production d’électricité en 2020, contre 20 % en Belgique, 33 % en Allemagne, 60 % au Danemark, etc.). Ces politiques ont également sacrifié la santé publique et les services de bien-être aux personnes âgées, à la petite enfance, aux personnes en situation de handicap…

Tout cela a été décidé en privilégiant les privilégiés, les grandes entreprises et leurs actionnaires, la finance et plus généralement les grands intérêts privés, autant de milieux auxquels nos responsables politiques sont étroitement liés. Avec des conséquences prévisibles : les milliardaires se sont fabuleusement enrichis, la pauvreté a fortement progressé…

Nul ne sait si les débuts prometteurs de l’administration Biden seront suivis de décisions ambitieuses, mais ce qui est projeté aux États-Unis serait bon à prendre en Europe et en France : des dépenses publiques massives mais orientées ou conditionnées selon des critères sociaux et écologistes (56 % de ces dépenses pour les enjeux climatiques), des revenus en forte hausse pour les plus pauvres (+ 27 % pour les personnes gagnant moins de 20 000 dollars par an), des hausses d’impôts sur les bénéfices des entreprises et les très hauts revenus, des mesures fortes contre l’évasion fiscale, etc. (1).

Le terme de « relance économique » est bien commode pour éviter de parler de son contenu social et écologique. Pour l’instant, c’est la relance du monde d’avant qui sert de référence à nos dirigeants, comme cela avait été le cas après le krach financier de 2008, suivi d’injections massives d’argent par les banques centrales pour « sauver les banques », sans aucune condition sur l’affectation de ces centaines de milliards de dollars. C’est l’inverse qu’il faut prévoir pour une relance riche en emplois de bonne qualité, pauvre en carbone, et réduisant les inégalités.

(1) Christian Chavagneux, Alternatives économiques, mai 2021.


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