Au PCF, quand les matins chantaient

Jean-Marie Argelès revient sur ses années au PCF, où il fut chargé des « relations avec les intellectuels ». Avant les désillusions.

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La question de la fonction des intellectuels au sein du PCF a souvent été l’objet de débats internes – et d’études de sa sociologie militante (1). Nombre d’analystes soulignent en effet sa spécificité, par rapport à d’autres partis de la IIIe Internationale, notamment, durant la guerre froide, le PC italien. En dépit de la traditionnelle volonté de séduire les « travailleurs intellectuels » chère aux partis communistes, fidèles au Marx de L’Idéologie allemande, qui insistait sur l’importance de la bataille culturelle, le PCF a toujours limité la place des intellectuels parmi ses instances dirigeantes. Et, bien qu’avide de mettre en avant de grandes signatures – Aragon, Althusser, Picasso ou Jean Ferrat –, il a toujours cultivé une certaine méfiance vis-à-vis des écrivains ou des artistes, suscitant un constant malaise au sein des « intellectuels du Parti », qui craignaient d’être considérés comme membres de la classe dominante.

Le témoignage de Jean-Marie Argelès, militant sincère des décennies durant, est d’autant plus passionnant qu’il documente une période où la question des intellectuels acquiert une importance politique de premier ordre. D’abord jeune sportif de haut niveau, puis brillant germaniste, il rejoint la direction de la (plutôt libérale) fédération de Paris après Mai 68. Le PCF y constate un recul constant de ses soutiens et de son électorat, principalement dû au changement sociologique en cours de la population parisienne. « Or nous ne pouvions concevoir que la fédération de Paris mît une sourdine à son activité en direction des intellectuels, nous résigner au glissement naturel de ces couches vers le nouveau PS » [refondé par Mitterrand en 1971]. C’est que, avec Mai 68, où le parti a perdu beaucoup en termes d’image (par ses positions sécuritaires, réactionnaires sur les sujets de société), le permanent Argelès a « vécu de près le bouleversement des convictions et des certitudes chez les communistes de l’Université. » Aussi, dans la mission qui lui est confiée derrière Henri Fiszbin (intellectuel dirigeant la fédération) dans un moment d’ouverture relative du PCF, entre « Programme commun » (avec le PS) et un « eurocommunisme » tourné moins vers Moscou que vers le PCI et le PCE, il s’emploie à renouer les liens avec le monde de la culture.

Malgré des succès ponctuels, il se heurte vite à un retour de la rigidité du parti de Georges Marchais. Commence alors « la circonspection », jusqu’à « la rupture ». Après « un long travail de deuil », comme pour d’innombrables « ex », c’est « le temps du dessillement ». Devenu traducteur d’importants ouvrages d’histoire contemporaine sur l’Allemagne, il prend conscience, ou admet, les réalités du régime de la RDA, qu’il a fréquentée. Et « rend compte » surtout, avec « lucidité » mais aussi émotion, de ce que fut cette « contre-société » communiste en France après 1945.

(1) Lire aussi Une dispute communiste : le Comité central d’Argenteuil sur la culture (11-13 mars 1966), Roger Martelli, Éd. Sociales, 2017, ou l’essai de la sociologue Frédérique Matonti, Intellectuels communistes. Essai sur l’obéissance politique, La Découverte, 2005.

Longtemps (trop ?) j’ai cru aux matins… Jean-Marie Argelès, éd. Le Bord de l’eau, coll. « Clair et net », 220 pages, 20 euros.


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