« Cigéo est un projet mortifère alors qu’on combat pour la vie »

Une deuxième journée de mobilisation en soutien aux 7 prévenu·es jugé·es pour « association de malfaiteurs » se tenait mercredi 2 juin devant le palais de justice de Bar-le-Duc. L’occasion de mettre les luttes paysannes et féministes à l’honneur.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Alors que les témoins étaient entendus aujourd’hui dans l’enceinte du tribunal de Bar-le-Duc (55), ce sont les paysans qui ont occupé le parvis du tribunal ce matin du 2 juin 2021. Au programme : une foire aux plants et aux légumes ainsi qu’un quizz de semences. Ce sont également des paysans du coin qui proposent des repas à prix libres pour le midi.

© Politis

© Politis

© Politis

© Politis

« Ces plants ont été cultivés sur les terres de Jean-Pierre Simon, un paysan qui n’a pas trouvé de repreneur et qui a laissé des jeunes s’installer sur une partie de ses terres », détaille Thierry Jacquot, porte-parole de la Confédération paysanne du Grand Est et agriculteur d’une petite ferme en bio à Vioménil (88). Il tient à souligner la précarité économique et climatique des agriculteurs : « Ça devient de plus en plus compliqué de produire. Cette année, ici, on a eu du gel jusqu’à tard et maintenant c’est la sécheresse qui nous attend. En France, on parle d’agroécologie et de souveraineté alimentaire à tour de bras mais ce n’est que du vent ! Il faut sortir de la technoscience, ce n’est pas ce qui va nous sauver. » Il tire la sonnette d’alarme sur une profession « en voie de disparition ». « On compte aujourd’hui deux installations pour trois sorties », alertait Laurent Piet, ingénieur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, l’année dernière.

© Politis

« Et c’est pareil dans le monde entier : les paysans font face aux multinationales, aux forces de l’ordre, à l’accaparement et à la pollution de leurs terres. Pourtant un paysan crée en moyenne 5 emplois autour de lui. C’est malheureux. Il n’y a plus aucune installation depuis 20 ans autour de Bure puisque l’Andra [Agence nationale de gestion des déchets radioactifs, NDRL] agit main dans la main avec la Safer. Mais ici, avec Cigéo, c’est la mort du territoire. C’est un projet mortifère, qui appartient au passé. Mais nous on combat pour la vie ! Cigéo va détruire la résilience alimentaire du territoire… », se désole Thierry Jacquot. Comment cultiver une terre sous laquelle sont stockés des déchets radioactifs ? Pour l’agriculteur, la corporation locale devra fatalement se tourner vers une production industrielle et le territoire ne sera plus que dédié au nucléaire.

Pour Jean-Pierre Simon, agriculteur haut-marnais et chargé des questions juridiques pour Lorraine nature environnement, l’impact du projet Cigéo, ce « rouleau compresseur », est déjà perceptible : « Il suffit de voir le village de Bure. Il y a des éclairages multicolores, une chaufferie collective pour une somme dérisoire, beaucoup de rénovation, des rues en pavés. Alors que tout autour il n’y a pas un rond ! » Lui aussi dénonce une cession du foncier par la Safer au profit de l’Andra qui « a déjà acquis 1000 hectare de terres ». Lui-même a dû vendre un bout de sa ferme.

En 2020, l’Andra a déposé une demande de déclaration d’utilité publique alors même que la DAC (demande d’autorisation de création de Cigéo – le permis de construire) a été repoussé à 2021. Si elle l’obtenait, des procédures d’expropriations pour cause d’utilité publique seraient possibles.

Contactée par téléphone, l’Agence pointe du doigt des « difficultés du code environnemental : entre ce qui relève de la sûreté nucléaire et du droit de l’environnement, ce n’est pas clair. On a vu avec l’Agence environnementale qu’il y avait des recoupements puisque la DUP (déclaration d’utilité publique) et la DAC n’ont pas le même impact : la première concerne une étude d’impacts en surface alors que la seconde est plus souterraine. »

L’Andra tient à se défendre : « Nous sommes un établissement public. Ce projet n’a que le but de nous protéger des déchets radioactifs. Il faut arrêter de voir le mal partout. Effectivement il y a des impacts environnementaux : maintenant, il faut voir si on peut les éviter ou bien comment on peut compenser. »

À lire > Déchets nucléaires : la loi du prince

Cet après-midi, les féministes antinucléaires proposent justement un « arpentage » [technique de lecture collective tirée de l’éducation populaire, NDLR] de cette DUP déposée par l’Andra.

© Politis

Un stand de cartes postales est également mis en place : « Vous pouvez inviter vos ami•es à nous rejoindre pour le camp des rayonnantes cet été ou bien nous vous proposons d’écrire à des personnes incarcérées. D’ailleurs, remarquez que ce parvis est entouré d’une église, d’un tribunal et d’une maison d’arrêt », souligne la militante au micro. Des cartes sont aussi prévues pour remercier et féliciter les mairies qui ont voté contre la DUP.

© Politis

Des résumés de ce qui se déroule dans l’enceinte du tribunal sont régulièrement donnés.

© Politis

Les stands de tartines, boulangerie et boissons ne désemplissent pas. D’ailleurs un policier fait même la queue à celui des crêpes avant d’être rapidement remis à sa place par les militants qui se rassemblent immédiatement face à lui.

© Politis

Jeudi 3 juin est annoncée comme la dernière journée du procès.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.