Lepénisation des esprits, les digues ont sauté

Poussé par certains médias, le RN impose son programme dans les discours et dans les lois jusqu’au sein de la gauche. Sans aucun impact sur ses résultats électoraux. Un naufrage démocratique.

Les idées d’extrême droite imprègnent de plus en plus le débat public. Emmanuel Macron, élu pour faire barrage à Marine Le Pen, a conçu le projet, voilà déjà presque deux ans, de la concurrencer sur les sujets dits, non sans une pointe de pédanterie, « régaliens ». Soit la lutte contre l’insécurité, l’immigration et le communautarisme. Sur ces terrains, de la loi sécurité globale à la loi sur le séparatisme, en passant par la chasse à l’islamo-gauchisme ou la suppression de l’Observatoire sur la laïcité, venant après la très sinistre loi asile et immigration et les poursuites contre ceux qui viennent en aide aux migrants et réfugiés, le gouvernement a multiplié les clins d’œil à l’extrême droite, en reprenant ses obsessions, son vocabulaire et certaines de ses propositions. Non sans surenchères.

On a ainsi vu en février un Gérald Darmanin juger Marine Le Pen « un peu molle » face à l’islamisme dans un débat sur France 2. Dans une confrontation plus confidentielle organisée par TV Rennes et Ouest France, le 19 février, Florian Bachelier, premier questeur LREM de l’Assemblée nationale, et Gilles Pennelle, vieux routier du parti lepéniste, regrettaient que la loi séparatisme n’aille « pas assez loin ». Sur CNews, le 4 juin, Xavier Iacovelli, vice-président du groupe LREM au Sénat, vantait ainsi l’action du gouvernement face à une députée LR : « Aujourd’hui on a 30 % de moins de naturalisations que lorsque vous étiez aux affaires avec François Fillon et on a 30 % de plus de reconduites à la frontière. »

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement prétend réduire l’audience électorale de l’extrême droite en répondant aux prétendues inquiétudes de son électorat. Après la présidentielle de 2002, qui avait vu Jean-Marie Le Pen se qualifier pour le second tour, Jacques Chirac s’y était essayé. Son ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait multiplié les lois et les déclarations musclées. Une politique poursuivie après son élection à l’Élysée en 2007. Sans succès. Car si le score électoral de Jean-Marie Le Pen a bien chuté à ce scrutin (10,4 %), en 2012, Marine Le Pen rassemblait plus d’électeurs que son père en 2002, en pourcentage (17,9 %) et en voix.

Comme Évelyne Sire-Marin, alors présidente du Syndicat de la magistrature, en avait fait la démonstration (1), Nicolas Sarkozy avait pourtant mis en œuvre, en matière judiciaire, ce que le FN proposait dans ses programmes de 2003 et 2007.

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