Les Louboutin d’Assa

Assa Traoré et ses chaussures de luxe, énième polémique autour d’un vêtement féminin.

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Encore une polémique autour d’un vêtement féminin. Cette fois, une paire de talons aiguilles. Mercredi 16 juin, la sœur d’Adama Traoré, mort suite à son interpellation en 2016, diffuse une photo d’elle le poing levé, une paire de Louboutin aux pieds. Un message de remerciements est adressé au créateur de luxe pour le soutien « à une cause aussi importante et universelle que celle de la lutte contre les violences policières ». Quelques heures plus tard, un torrent de critiques se déverse sur Assa Traoré, qui ferait de sa cause un juteux business en devenant l’égérie d’une marque de luxe.

Tout d’abord, celle qui n’a jamais caché son goût pour la mode n’est pas l’« égérie » de Louboutin et n’a jamais prétendu l’être. Ce raccourci est une erreur de commentateurs, notamment du Figaro et de Marianne, qui dénoncent l’utilisation de la cause antiraciste par l’industrie du luxe capitaliste et vice versa. Assa ne devrait-elle pas rester bien calée dans nos clichés : en claquettes et boubou au fin fond de sa cité ? Sa voix porterait moins. Son message ne nous bousculerait pas.

Comme 200 personnalités engagées dans le monde, la militante a reçu un cadeau de Louboutin, issue d’une ligne de création spécialement conçue pour porter un message contre le racisme. À chacune de choisir de s’afficher avec ou pas. La totalité des bénéfices seront reversés à cinq associations de soutien à des populations défavorisées. Assa a fait un choix. Or il fonctionne : nous en parlons ici même !

Et c’est bien ce qui fait taper du pied ensemble droite et gauche réactionnaires : cette cause devient « fashion » et, par conséquent, populaire. De là à la dénaturer ? C’est un risque. Mais un message passe. C’est la puissance de la mode qui peut perpétuer des carcans ou accompagner des changements de société.

Sur la paire qu’arbore la militante française est inscrit en lettres rouges : « Walk a mile in my shoes » (« Marche un kilomètre dans mes chaussures »), hommage à Martin Luther King – qui portait une Rolex sans que ça n’émeuve personne. Mais c’était un homme. Oui, Assa lance une invitation à se mettre à sa place dans une paire de chaussures à 995 euros. « Ce n’est donc pas à la portée des pauvres racisés de banlieue », raille Atlantico. Non, c’est vrai : mais la cible d’Assa Traoré, c’est bien cette classe de riches séparatistes qui s’enferme dans sa tour d’ivoire sociale et sécuritaire. Une peu comme Rachida Dati, grande fan du chausseur…

Alors certes, personne ne nie le coup de pub pour la marque – encore qu’elle risque de perdre de bonnes clientes françaises –, personne n’est dupe de son appartenance à un milieu qui perpétue des inégalités sociales qu’Assa Traoré participe à dénoncer. Mais la récupération, par tous, de ces combats ne finit-elle pas par les obliger ?


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