Merci monsieur Macron

Nous aurions pu avoir, dans l’Élysée, quelqu’un·e de moins viscéralement attaché·e à la défense de nos libertés.

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Alors on critique beaucoup M. Macron, mais la vérité est que nous avons quand même beaucoup de chance qu’il ait finalement été promu chef de l’État français en 2017. Parce que sans cela nous aurions peut-être eu, dans l’Élysée, quelqu’un·e de moins viscéralement attaché·e à la défense de nos libertés (d’expression, notamment), et de moins radicalement résolu·e à construire un barrage contre la droite antisémite, homophobe, islamophobe, négationniste, raciste et sexiste.

Quelqu’un·e qui aurait pu – imaginons le pire – se flanquer d’un ministre de l’Intérieur visé par une plainte pour viol, partisan affiché d’une « manif » opposée aux droits des LGBTQIA+ (1), et tardif auteur d’un ouvrage nourri de propos sur « les difficultés touchant à la présence de dizaines de milliers de juifs en France » à l’époque prénapoléonienne.

Quelqu’un·e qui aurait pu, entre deux projets de célébration de Charles Maurras (théoricien de l’« antisémitisme d’État ») ou de Philippe Pétain (complice actif de la Shoah), apporter son soutien à un propagandiste d’extrême droite plusieurs fois condamné pour provocation à la discrimination ou à la haine raciale ou religieuse – et fervent défenseur de la théorie selon laquelle ledit Pétain aurait été le « sauveur » des juifs français.

Quelqu’un·e qui aurait pu accorder un entretien « exclusif » à un hebdomadaire condamné pour provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers les Roms – où auraient aussi défilé plusieurs de ses ministres (dont celui, déjà cité, de l’Intérieur).

Quelqu’un·e qui se serait tu·e, si ce même magazine avait ensuite pris le pli de publier des tribunes séditieuses, confectionnées par des représentants des forces dites de l’ordre.

Quelqu’un·e qui aurait pu, entre deux lois liberticides, rester sans réagir si son (déjà cité) ministre de l’Intérieur avait pris le pli régulier d’entraver par la brutalité ou l’interdiction pure et simple notre liberté de manifester.

Quelqu’un·e qui aurait pu rester sans réagir à une multiplication des violences néofascistes.

Quelqu’un·e qui aurait pu rester sans réagir si son (déjà cité) ministre de l’Intérieur, en charge de l’organisation des élections, avait voulu porter plainte, à quelques semaines du premier tour d’un scrutin régional, contre une élue d’opposition en lice contre sa ministre déléguée de l’Intérieur.

Quelqu’un·e qui aurait pu, entre deux exhortations au « respect des principes de la République » (que le monde entier nous envie), rester sans réagir si un policier avait, dans le cadre de la répression d’une manifestation, jeté à terre une députée.

Quelqu’un·e qui aurait, en somme, par ces glaçants acquiescements et ces sinistres esquintements, constamment excité les pires ressentiments et les rages les plus féroces – comme pour mieux construire, plutôt qu’un barrage, un boulevard pour un·e suivant·e moins radicalement hostile à l’extrême droite.

(1) Mais adversaire déclaré des rayons « communautaires » – comprendre casher et halal – des supermarchés.


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