Cannes 2021 : un palmarès au goût bizarre

En attribuant la palme d’or à Titane, de Julia Ducournau, le jury du soixante-quatorzième festival de Cannes n’a peut-être pas été si audacieux.

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Les résultats ont fuité. À peine la cérémonie de clôture du soixante-quatorzième festival de Cannes avait-elle commencé que le président du jury, Spike Lee, a annoncé par erreur la lauréate de la palme d’or : Julia Ducournau, pour son deuxième long métrage, Titane. L’AFP relayait immédiatement l’information alors que le reste du palmarès était encore inconnu, fait unique dans les annales du festival. Il faut dire que toute la soirée a été à l’avenant : à côté de la plaque (sympathique d’un certain sens, et intriguant quand on sait l’obsession du respect des formes caractérisant le festival de Cannes).

Le fait que Julia Ducournau soit la deuxième réalisatrice a obtenir la palme d'or et son discours lors de la remise du prix – « Je veux remercier infiniment le jury de reconnaître avec ce prix le besoin avide et viscéral d’un monde plus inclusif et plus fluide » – sont à saluer. Reste que Titane est un film dont le message, qui semble si important à ses admirateurs, est asséné bien que relativement court. Une « réflexion » sur les limites du corps, sur ses transformations, sur le genre ? Tout est bien trop littéral ici.

Pour ceux qui sont restés sceptiques devant les « audaces » de Titane, la douche était non seulement froide mais brusque. La présence de Memoria, d’Apichatpong Weerasethakul, et du Genou d’Ahed, de Nadav Lapid (prix du jury ex-aequo), de Drive my car, de Ryûsuke Hamaguchi (prix du scénario), et d’Annette, de Leos Carax (prix de la mise en scène), contrebalance un peu le sentiment d’erreur du haut de tableau.

En effet, outre Titane, film de genre qui obtient là un considérable effet de légitimation, le Grand prix (la deuxième plus grande récompense) s’est vu attribué au moyen Compartiment 6, du finlandais Juho Kuosmanen, et au laborieux Un héros, de l’iranien d’Aghar Farhadi.

Les prix d’interprétation sont, eux, plutôt bien vus. Renate Reinsve est parfaite dans Julie (en 12 chapitres), de Joachim Trier, un film qui cache admirablement bien son jeu. Quant à Caleb Landry Jones, il livre une performance époustouflante dans Nitram, du cinéaste australien Justin Kurzel, qui met en scène, hélas sans inspiration, un marginal sombrant dans la violence.

Palmarès au goût bizarre, compétition d’un niveau tout juste satisfaisant : cette soixante-quatorzième édition laisse pourtant une bonne impression. C’est ce que j’essaierai d’expliquer dans l’hebdo à paraître jeudi prochain, dans un article en forme de bilan et de commentaire plus étayé du palmarès. En attendant, je remercie, comme chaque année, toutes celles et ceux qui m’ont fait l’honneur de suivre cette chronique de Cannes.

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