Injonctions et injections

Faut-il rendre obligatoire la vaccination des soignant·es ? Les points de vue s’exacerbent, même à Politis, lassé des erreurs du pouvoir mais impatient de sortir de cette trop longue crise.

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Interdire pour protéger, interdire pour masquer son incapacité à prévoir, interdire pour maquiller son impuissance. Dans cette pandémie, le gouvernement nous a habitués à une cascade de lois et de mesures, des plus légitimes aux plus absurdes. Nous avons consenti à la plupart par angoisse de la maladie, malgré un glissement sécuritaire inquiétant. Après quinze mois de cette fièvre coercitive, nous voici à l’heure de franchir une nouvelle ligne symbolique : vacciner les soignants (dans un premier temps) par la force de la loi.

L’obligation vaccinale est certes déjà une norme en population générale, pour des vaccins sur lesquels nous avons du recul. Dénier le droit au doute et retirer à chacun sa liberté de choisir, en conscience, de faire un geste qui comporte un risque pour la santé, aussi infime soit-il, n’a pourtant rien d’anodin. C’est une bombe à fragmentation lancée sur une société déjà émoussée, alors même que le niveau d’urgence sanitaire a considérablement baissé, justement parce que, grâce aux vaccins, on meurt beaucoup moins du covid aujourd’hui.

Rengainons donc les lois qui risquent de transformer le refus vaccinal en geste anti-Macron.

Un mort dans un Ehpad suffit à déclencher une vague de suspicion envers le personnel soignant. Comme si contracter ce virus était désormais une faute professionnelle. L’emballement fait grossir un problème – le refus délibéré de vaccination – que nous sommes incapables de quantifier. Ne serait-ce que parce que les soignants immunisés après avoir été malades ou s’étant fait vacciner hors de la médecine du travail ne sont pas comptabilisés.

Contraindre ne nous aidera pas à convaincre. Rengainons donc les lois qui font basculer les enjeux sanitaires sur le terrain politique et risquent de transformer le refus vaccinal en geste anti-Macron. Le débat public a besoin de nuance pour que chacun ne soit pas assigné à un camp. Avec des citoyens obéissants d’un côté et des récalcitrants de l’autre, dont la moindre opinion critique reviendrait à nier la gravité de la maladie.

Par Erwan Manac’h


Confinements à répétition, quête d’une immunité collective spontanée, du « zéro covid », etc. Après des mois de tâtonnement, les stratégies de lutte contre la pandémie convergent désormais pour prioriser la vaccination de masse. Après le pic des réticences anti-vaccinales, les affres du manque de doses, l’arlésienne des créneaux de vaccination, les autorités se réjouissaient des centaines de milliers d’injections quotidiennes : on extrapolait la courbe vers le seuil magique de l’immunité collective d’ici à la fin de l’été.

Terrible incapacité de ce gouvernement à comprendre qu’il y a des gens derrière cette crise sanitaire.

Mais, une fois de plus, le gouvernement s’est laissé piéger par une réalité rebelle aux calculs technocratiques. La vaccination patine, le variant delta progresse de manière fulgurante, Olivier Véran assouplit le délai entre deux injections, autorise la seconde sur les lieux de vacances. Et maintenant ce projet de loi pour obliger dare-dare le personnel médical à se faire vacciner, hélas péniblement compréhensible (protéger les malades) alors qu’une quatrième vague de panique a pris les commandes. Chiffres à l’appui, ce sont clairement les aides-soignants·es que l’on cible. Voilà donc leur dévouement, encensé il y a peu, soudain réévalué : il n’incluait donc pas la compréhension du rôle clé de la vaccination pour la protection collective. On entendrait presque dire que cette main-d’œuvre peu qualifiée serait plus perméable aux racontars anti-vaccins… Maladresse insigne. Qui traduit une fois de plus l’incapacité de ce gouvernement à comprendre qu’il y a des gens derrière cette crise sanitaire. Ces Roms oublié·es dans les bidonvilles pendant le confinement. Ces personnes âgées mourant avec le téléphone pour seul accompagnement. Ces étudiant·es à la dérive. Ces « fêtard·es » qui craquent de n’arroser leurs 20 ans qu’au gel hydroalcoolique. Ces enseignant·es aux prises avec les impraticables réformes Blanquer, le téléenseignement, le décrochage silencieux des élèves largué·es, etc. Le virus du mépris…

Par Patrick Piro


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