Pour lire des bons polars (part one)

Quelques très recommandables romans policiers.

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Comme le disait fort bien feu 왝綾 (1), qui dès 500 avant J.-C. pratiquait couramment l’écriture inclusive – au grand dam, déjà, de Nathalie 붚콱秊 (2) : « Quand l’imbécile regarde la lune, le·a sage profite de l’été pour lire des bons polars (3). »

Voici donc, en 3 000 signes chrono, quelques très recommandables romans policiers, écrits par trois auteurs (solidement) établis – d’autres suivront la semaine prochaine.

John Grisham, ex-avocat, s’est reconverti dans la confection de best-sellers où il met son impeccable connaissance des rouages de la justice états-unienne au service de justes causes. Dans Les Oubliés (4), il se penche ainsi sur le sort des innombrables innocents qui croupissent dans les geôles d’un pays toujours rongé par le racisme, où « la couleur » de peau reste « un sésame » et dans lequel « tout, des écoles aux prisons, peut être une source de profits pour le capital », et livre un puissant réquisitoire « contre un système qui est capable de commettre de telles erreurs – des erreurs qui pour la plupart auraient pu être évitées ».

Michael Connelly, autre grand faiseur de livres à succès, délaisse passagèrement dans le dernier paru, Séquences mortelles (5), son plus fameux héros, le légendaire Harry Bosch. Et redonne vie à un autre personnage mythique, le reporter Jack McEvoy (6), travaillant désormais pour un site de défense des consommateurs, que l’écrivain californien (7) lance de nouveau sur les traces d’un tueur en série, et dont l’enquête, évidemment palpitante, constitue aussi une stimulante réflexion sur ce que Connelly appelle fort justement « le manque de surveillance de l’industrie de l’analyse génétique ».

James Lee Burke, enfin, reste, encore et toujours, l’un des plus prodigieux stylistes du siècle – en même temps que l’un de ses plus sombres auteurs, hanté par la mélancolie. J’écrivais ici, l’an dernier, que la beauté absolument renversante de certaines pages se mélange chez lui à une âpreté qui se fait, au fil des ans, toujours plus âpre : cela se vérifie de nouveau dans Une cathédrale à soi (8), qui précipite une fois encore ses deux inoubliables héros louisianais, Dave Robicheaux et Clete Purcel, dans des abîmes d’épouvante. Mais du moins Burke prévient-il, de son écriture sans pareille : « Après qu’on en a terminé avec cette longue nuit de l’âme, ou qu’elle en a terminé avec vous, on n’est plus jamais le même. Les peurs terrestres disparaissent comme un grand poids retiré d’une balance. On n’a pas envie de discuter ni d’en vouloir à quiconque ; la méfiance devient un mode de vie ; on a du mal à rester éveillé pour tenir une conversation banale. Le revers de la médaille, c’est qu’on est seul, unique occupant d’une cathédrale sur les murs de laquelle résonnent vos battements de cœur. »

(1) In French : Confucius.

(2) Heinich.

(3) Pour être tout à fait sincère, je ne suis pas complètement sûr que cette citation ne soit pas un peu apocryphe.

(4) Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Defert, JC Lattès, 400 pages, 22,90 euros.

(5) Traduit de l’anglais (États-Unis) par Robert Pépin, Calmann-Lévy, 486 pages, 21,90 euros.

(6) Apparu pour la première dans Le Poète – récemment réédité par Calmann-Lévy –, puis de nouveau dans L’Épouvantail (Seuil, 2010).

(7) Aujourd’hui établi en Floride.

(8) Traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Mercier, Rivages, 444 pages, 23 euros.


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