Alexis Baudelin, robe noire comme étendard

Cet ancien avocat d’affaires est de toutes les manifestations en faveur des libertés, son drapeau anarchiste au vent, ce qui fait de lui une cible de la répression policière, mais aussi un os dur !

O n veut juste le drapeau », gueule un policier de la Brav-M (1) en arrachant l’étendard noir des mains de Me Alexis Baudelin. En ce 14 juillet, dans les rues parisiennes bousculées par la première mobilisation contre le passe sanitaire, la silhouette fine de l’avocat se crispe. Des dizaines de manifestants se déploient hors du tracé officiel de la manif. À peine le ciel se remet-il des stigmates tricolores du défilé que l’air est déjà chargé de gaz lacrymogènes. Le cou enroulé dans un keffieh qui cache à peine la caméra GoPro accrochée à son épaule, l’avocat proteste vivement contre les policiers : « Je veux récupérer mon drapeau : c’est du vol ! clame-t-il. Ce n’est pas la première fois que vous me faites ce coup-là : pourquoi il vous dérange, ce drapeau ? » Les voltigeurs, casques de moto vissés sur la tête, s’élancent : Alexis Baudelin est interpellé pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences » et « organisation d’une manifestation sans déclaration préalable ».

Dix-huit heures de garde à vue plus tard, le trentenaire est libéré, avec son drapeau et sans poursuites : les accusations étaient infondées. « Son dossier a quand même été transmis au parquet pour évaluation »,s’étouffe Me Martin Méchin. L’avocat d’Alexis dénonce un système répressif abusif. Alors que moult vidéos tournent déjà sur les réseaux sociaux démontrant qu’Alexis n’a rien fait, « l’officier de police judiciaire qui le reçoit à 21 h 30 aurait pu dire “on laisse tomber”, mais non, il transmet au parquet, qui lui aussi joue le jeu des policiers pour faire traîner ». La méthode ressemble fortement à une punition.

Au parquet de Paris, on plaide la difficulté de constituer l’infraction de participation à un groupement en vue de commettre des violences,car elle intervient avant l’action. En prévention. Ce qui donne aux policiers une grande liberté d’interprétation, pour ne pas dire un risque accru d’arbitraire. « Si vous venez avec des boules de pétanque, on imagine bien que ce n’est pas pour pêcher »,nous dit-on.Certes. Mais rien de ce genre n’a été retrouvé sur l’avocat. Il n’avait que son étendard.

Plus étrange encore : le parquet prétend n’avoir jamais entendu parler du fameux drapeau, pourtant censé constituer le second délit motivant l’arrestation. Dans la vidéo filmée par l’avocat, on entend le policier clairement expliquer : « Le fait que vous ayez un drapeau vous identifie comme organisateur d’une manifestation non déclarée. » Or, d’après le parquet, la présence du drapeau ne figure même pas dans la procédure, qui semble en réalité complètement bidonnée. Si l’objectif de ces manœuvres est purement dissuasif, c’est raté : Alexis Baudelin est de tous les cortèges.

Du CAC 40 aux gilets jaunes

L’avocat n’avait pourtant pas initialement emprunté le chemin d’une carrière militante radicale. Né à Paris et grandi à Malakoff (92), le jeune juriste de sensibilité socialiste s’oriente d’abord vers le lucratif droit des affaires. Il démarre sa carrière à la direction générale de la concurrence de l’Union européenne (UE), où il vit ses premières désillusions.

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