Climat : Doit-on attendre un sursaut de la finance ?

Malgré une catastrophe climatique qui grève déjà leurs revenus, les acteurs financiers ne sont guère incités à renoncer aux investissements dans les énergies fossiles. À l’approche de la COP 26, il faut amplifier la lutte.

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La rentrée va s’ouvrir sur des événements politiques majeurs pour la protection du climat, de la biodiversité et conséquemment de l’humanité. Les deux mois précédant la COP 26, qui se tiendra à Glasgow en novembre, seront ponctués par la tenue du congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille et de la semaine sur le climat à New York en septembre, puis du premier volet de la COP 15 sur la biodiversité et du Climate Finance Day à Paris en octobre. Mais faut-il attendre des avancées majeures de la part des acteurs financiers ?

Jamais l’urgence d’agir n’a été aussi claire et aussi largement ressentie et partagée. Si la finance est déshumanisée et dépolitisée, elle n’opère pas totalement dans une bulle coupée du monde extérieur. Les dirigeant·es et les salarié·es des grandes banques et des sociétés d’assurances et d’investissement sont, comme tou·tes, témoins de l’accélération et de l’intensification des événements climatiques extrêmes. Ils n’ont peut-être pas lu le premier volet du sixième rapport du Giec, mais n’ignorent pas que les nouvelles ne sont pas bonnes et qu’il faut immédiatement opérer des transformations sans précédent pour limiter la casse.

Et cette casse ne manquera pas de les affecter en menaçant à terme la stabilité de tout le secteur financier. Déjà, la facture liée à l’inaction s’alourdit, à « seulement » 1,1 °C de réchauffement. Ainsi, des poches d’inassurabilité émergent, comme sur la côte ouest des États-Unis, ravagée annuellement par des mégafeux. En 2015, le PDG d’Axa, Henri de Castries, annonçait qu’« un monde à + 2 °C pourrait encore être assurable, un monde à + 4 °C ne le serait certainement plus ». En vérité, tout indique que la chute pourrait arriver beaucoup plus tôt que prévu et que le marché a tout intérêt à agir maintenant et fortement pour se sauver lui-même.

Malheureusement, les acteurs financiers ne nous ont pas habitués à agir à la hauteur des enjeux. Quand la majorité des grands acteurs internationaux en sont encore à investir des fonds dans l’expansion du charbon, il aura fallu plus de sept ans de mobilisation publique pour pousser leurs homologues français à mettre un terme à ces financements. Mais tout reste à faire concernant le pétrole et le gaz, comme le montrent leurs piètres scores sur le Scan de la finance fossile tenu à jour par Reclaim Finance. La raison des blocages se trouve dans la priorisation absolue de leurs profits et dividendes sur le climat. Quand bien même d’autres facteurs entreraient en ligne de compte, celle-ci suffit à expliquer leur allégeance sans faille aux majors pétrolières et gazières. Les affaires sont rudes, et les milliards promis sur le court terme justifient bien, aux yeux des principaux acteurs de la place financière de Paris, de fermer les yeux sur les velléités d’expansion dans les hydrocarbures de leurs clients.

Ainsi, la majorité des actionnaires de Total – Axa, Amundi-Crédit agricole et BNP Paribas – ont voté massivement pour le plan climaticide de la major française lors de son assemblée générale. Seuls quelques courageux, notamment La Banque postale Asset Management, l’Ircantec, CNP assurances et OFI AM, le gestionnaire d’actifs de la Macif, ont voté en cohérence avec les recommandations des scientifiques. Les premiers cités se sont non seulement dédits en violant leurs propres promesses d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, mais ont aussi balayé du revers de la main les conclusions publiées un peu plus tôt par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Comme un pavé dans la mare, celle-ci indiquait d’une manière on ne peut plus limpide que, « au-delà des projets déjà engagés à partir de 2021, notre trajectoire pour l’atteinte de la neutralité carbone selon un scénario 1,5 °C n’autorise aucun nouveau gisement de pétrole et de gaz, et aucune nouvelle mine de charbon ou extension de mine n’est nécessaire ». Autrement dit, si les acteurs financiers veulent continuer de soutenir Total, Shell et BP, il leur faut, pour tenir leurs propres engagements climatiques, contraindre ces groupes à renoncer à tout nouveau projet pétro-gazier.

À défaut de suivre l’AIE, les acteurs financiers français doivent répondre, au plus tard lors de la COP 26, à la commande politique de Bruno Le Maire, qui les a appelés, lors du Climate Finance Day de 2020, à se doter d’une stratégie de sortie des énergies fossiles non conventionnelles. Mais cet appel n’est ni contraignant ni assorti d’un mécanisme de sanction. Ceux qui ne croient pas à l’autorégulation, ONG en tête, amplifieront alors leurs efforts pour faire exploser l’alliance fatale de la finance et des énergies fossiles.

par Lucie Pinson Fondatrice et directrice de Reclaim Finance, association affiliée aux Amis de la Terre France.


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