Dossier : La France des héritiers

Taxer l’héritage, une corde sensible

L’impôt sur les successions est honni par les Français, malgré un poids insignifiant. De nombreux économistes, derrière Thomas Piketty, appellent à une révolution fiscale pour freiner la domination des « petits rentiers ».

Les Français paient trop d’impôts sur les successions ! C’est du moins l’avis exprimé par la plupart des personnes interrogées lors des différentes études d’opinion. Avec un rejet particulièrement affirmé chez les Français les plus pauvres, qui n’ont pour la plupart aucune chance d’hériter au cours de leur vie (1). Pourtant, les transmissions ne sont taxées en moyenne qu’à 5 % et ne représentent que 1,5 % des recettes fiscales en France. Moins d’un Français sur quatre est concerné par cet impôt, qui ne cesse de décroître depuis quarante ans, alors même que la masse d’argent transmis en héritage augmente fortement (voir graphique). Dans nombre de pays industrialisés comme le Canada, l’Italie, la Suède ou l’Autriche, il a été tout bonnement supprimé. Tandis qu’en France, dernier pays avec la Belgique où cet impôt continue d’exister réellement, les manières de le détourner sont nombreuses. Les placements dans l’assurance-vie et les donations inférieures à 100 000 euros bénéficient d’avantages fiscaux significatifs, et la transmission d’une entreprise est exemptée d’impôt à 75 % (2).

Selon la littérature économique foisonnante sur le sujet, ce désamour pour un impôt qui ne touche qu’une minorité fortunée de la population s’explique par une méconnaissance d’un système fiscal d’une grande complexité, mais également par son aspect symbolique. L’impôt sur les successions est dû en une fois, ce qui le rend cher en apparence, contrairement aux impôts sur le revenu, sur la fortune (uniquement immobilière depuis 2018), la taxe foncière ou la taxe d’habitation, payables chaque année avec des montants plus faibles. Parmi les classes moyennes, les héritiers sont parfois contraints de vendre le bien hérité pour en payer l’impôt. Un crève-cœur, qui touche la corde sensible du lien filial et égratigne le totem de la petite propriété foncière. Sauf qu’en l’absence de taxation significative sur les successions, les inégalités s’envolent et les richesses se concentrent entre les mains d’un petit nombre de dynasties.

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