Changement de train

La presse réactionnaire se fait tout sucre tout miel pour relayer l’heureuse nouvelle que « les voyages en train » seront « gratuits pour les policiers dès 2022 ».

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En doulce France, la presse réactionnaire est, comme on le sait trop peu, continuellement gavée, depuis beaucoup plus d’années que nous n’en pourrions compter sur les doigts de nos deux pieds, d’aides publiques qui lui sont officiellement versées pour sa « contribution essentielle à l’information des citoyens », et dont l’utilisation ne fait l’objet d’aucune véritable vérification. (Mais il est vrai aussi que M. Macron, qui pourrait bien sûr exiger que cet usage soit mieux contrôlé, est en ce moment très occupé à suggérer plutôt que des salauds de pauvres dilapident leurs allocations de rentrée scolaire dans des achats de centième nécessité.)

Ainsi pourvue, cette coterie distribue tous les cinq matins de roides leçons d’économie(s), d’où ressort, principalement, qu’il faudrait d’urgence procéder à une réduction draconienne de « la dépense publique ».

Turellement : il n’est cependant pas (du tout) question que cette réduction passe, au hasard, par une suppression des aides étatiques à la presse réactionnaire – mais bien plutôt par l’abolition de ce que cette dernière présente systématiquement comme des avantages indus.

Cette presse assistée fustige ainsi, régulièrement, et avec une rageuse férocité, les prétendus « privilèges » dont bénéficient les salarié·es de la SNCF : au mois de novembre 2019, par exemple, Le Figaro – qui a reçu cette année-là la coquette somme de 5,7 millions d’euros d’aides publiques – se désolait dans un gros titre du « coût des billets gratuits des cheminots », tandis que Le Point – nanti quant à lui de 457 000 euros (1) – vitupérait de son côté contre « le coût faramineux des billets gratuits des cheminots ».

Mais voilà que M. Macron et des affidés, sombrés sans doute dans l’illusion que cette démagogie leur vaudra l’obédience d’une corporation dont nous savons (2) qu’elle vote massivement pour l’extrême droite, proclament soudain, ces jours-ci, que les policiers et policières pourront aussi, dès l’an prochain, voyager gratuitement dans les trains de la SNCF – à la condition qu’ils portent une arme et se signalent au chef de bord.

Et voici que, miracle : la presse réactionnaire, loin de s’offusquer de l’énorme coût annoncé (3) de cette prime de rentrée, se fait tout sucre tout miel pour relayer l’heureuse nouvelle que « les voyages en train » seront « gratuits pour les policiers dès 2022 » (Le Figaro) – et que « les policiers pourront » par conséquent « voyager gratuitement en train dès 2022 » (Le Point). Mais il est vrai aussi que jamais au grand jamais les cyniques tartuferies de cette presse n’ont empêché l’État de récompenser à grands coups de millions d’euros d’aides publiques sa contribution essentielle à notre information…

(1) Selon les données disponibles sur le site du ministère de la Culture.

(2) Par des sondages.

(3) La SNCF employait 136 000 agent·es en 2020. Le ministère de l’Intérieur employait quant à lui 153 000 policiers et policières – non compris les renforts que M. Darmanin ne cesse de lui promettre. Je te laisse faire tes petits calculs ?


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