Décroissance et centralité de la valeur travail

Les rapports sociaux de production et de consommation doivent être modifiés.

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Les primaires écologistes ont remis dans le débat public le sujet de la décroissance. Rappelons ce qu’en disait André Gorz dans son dernier texte avant de nous quitter : « La décroissance est […] un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux. En leur absence, l’effondrement ne pourrait être évité. »

Nicholas Georgescu-Roegen a été le premier à synthétiser cette problématique au travers du concept de bioéconomie, notamment dans son ouvrage publié en 1971, The Entropy Law and the Economic Process (1). Les rapports du Giec ont confirmé la nécessité de découpler nos modèles économique et énergétique. Il y a un découplage relatif, mais nous devons atteindre un découplage absolu si nous voulons éviter le chaos climatique. Nous devons donc réduire la quantité d’énergie et celle de CO2 émise par euro de richesse produite. Le débat a dévié vers la seule décroissance du PIB, mais c’est trop réducteur. Le PIB est une convention internationale statistique de mesure de la richesse produite dans un pays. Il inclut une composante non marchande, publique ou non (celle des institutions sans but lucratif au service des ménages), mesurée à son coût de production, soit essentiellement de la masse salariale.

Mais André Gorz évoquait un autre élément important qui n’a pas été repris dans le débat des primaires : la nécessité de modifier les rapports sociaux de production et de consommation. Historiquement, depuis Adam Smith, repris par Karl Marx, la richesse provient du travail. La valeur travail est au centre de l’analyse économique des deux auteurs, même s’ils divergent sur l’antagonisme ou non des classes sociales. Elle est la source des prix, des salaires et des profits. La valeur travail a été détournée de son interprétation économique pour une autre, sociologique : le travail comme forme prioritaire de socialisation des individus. De fait, il y a une confusion entre la notion de travail et d’emploi, mais la centralité de la relation travail/salaire reste prééminente.

Hannah Arendt est la première à critiquer la lecture commune de Smith et Marx dans Conditions de l’homme moderne. Elle y dénonce le danger de la société de consommation, qui enferme l’individu dans un processus sans fin d’une vie consacrée au travail et à la consommation. Pour sortir de ce dilemme, elle distingue le travail de l’œuvre. Gorz, lui, distingue le travail autonome de celui hétéronome, plus aliénant. Il ne peut y avoir de décroissance sans remise en cause de la valeur travail.

Tous les rapports sociaux de production et de consommation doivent être modifiés, à commencer par le lien entre revenu et activité, avec la mise en œuvre d’un revenu d’existence, universel ou citoyen. Il faut arrêter de privilégier la propriété des biens de consommation pour mettre en place une économie de la fonctionnalité. Et privilégier une production autour des fablabs.

(1) Dont le premier chapitre a été publié en France en 2006, sous le titre La Décroissance. Entropie, écologie, économie.


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