La Bourse ou la vie ?

Alors que la crise écologique et sanitaire ébranlait la planète, les Bourses des pays riches flambaient.

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Dimanche 8 août, la planète était ravagée par 187 114 incendies, selon les satellites de la Nasa, soit 50 000 de plus que le précédent record de 2020 ! Tous les continents ont été touchés cet été, avec des incendies géants en Sibérie et en Californie. À ces destructions causées par la sécheresse et le feu se sont ajoutées celles dues à la déforestation, qui ont atteint des nouveaux records en Amazonie, en Indonésie et dans le sud du continent africain.

Pendant que ces manifestations de la crise écologique battaient leur plein, la pandémie de covid-19 a continué de se propager sur tous les continents, entraînant depuis 2019 plus de 6 millions de morts dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Avec une explosion des inégalités face à la pandémie, les 5 milliards de doses de vaccins produites par les Big Pharma profitant aux populations des pays riches, laissant les pays pauvres démunis : seulement 1,7 % de la population africaine a été vaccinée, contre 75 % en France.

Alors que la crise écologique et sanitaire ébranlait la planète, les Bourses mondiales concentrées dans les pays riches flambaient de leur côté. En août, les indices boursiers ont atteint des records historiques à Wall Street. À la Bourse de Paris, le CAC 40 a retrouvé son niveau élevé de 2000, avec des versements de dividendes en forte hausse, estimés par l’Observatoire des multinationales à 51 milliards d’euros pour 2021. Tout se passe comme si les crises financières et sanitaires qui se sont succédé depuis 2007 n’avaient été qu’une parenthèse passagère.

Ainsi, la Bourse est totalement déconnectée de la vie de la planète et de l’humanité. Ce hiatus entre la finance et le monde réel a plusieurs causes. Les entreprises sont gouvernées par la logique boursière au seul profit de leurs dirigeants et des actionnaires. Les acteurs de la finance ne s’intéressent qu’au court terme et ignorent les processus de long terme tels que le réchauffement climatique. La hausse spectaculaire des Bourses est liée aux perspectives de reprise de la croissance dans les prochains mois, comme si la croissance était la solution, alors qu’elle est la cause de la crise écologique et sanitaire.

Autre paradoxe : la hausse de la Bourse est directement liée aux politiques publiques menées face à la crise. C’est d’abord la politique monétaire à taux zéro menée par les banques centrales, à l’aide d’injections massives de liquidités, qui a alimenté la bulle boursière. Ce sont en second lieu les politiques de relance menées par les gouvernements pour éviter l’effondrement des économies face aux crises financières puis sanitaires. Et la raison pour laquelle ces politiques ont contribué à maintenir la finance « hors sol » est qu’elles n’ont pas été conditionnées au respect des impératifs de la transition écologique et sociale. Ainsi, la BCE a acheté massivement sur les marchés des titres émis par les entreprises les plus polluantes. De son côté, le gouvernement français a octroyé des aides publiques aux entreprises du CAC 40 sans les obliger à renoncer en 2021 à leurs politiques généreuses de versement de dividendes aux actionnaires, au détriment des salaires et des investissements pour la transition.

Par Dominique Plihon Membre du conseil scientifique d’Attac.


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