« OAS » : ces radicalisés d’extrême droite devant la justice

Depuis le 21 septembre, six membres du groupuscule « OAS » sont jugés pour association de malfaiteurs terroriste. Une dérive qui résonne avec les exactions de l’État islamique.

J e voulais être un martyr, un héros de ma cause », finit par lâcher Logan Nisin d’une voix tremblante. Après trois jours d’interrogatoire par le président de la 16e chambre correctionnelle de Paris, le principal accusé, 25 ans, vacille.

Il faut dire que l’accumulation d’éléments traduit une radicalisation violente de la part des membres de l’Organisation des armées sociales (OAS), groupuscule crée en 2016 par Logan Nisin. Celui qui ressemble plus à un jeune geek qu’à un soldat néonazi semble avoir été au bord du passage à l’acte.Achat d’armes, confection d’explosifs, entraînements paramilitaires… Le but : « Enclencher une remigration basée sur la terreur »,dit-il aux policiers lors de sa garde à vue.Sur les réseaux sociaux, l’homme communique : « On recrute des chasseurs d’Arabes » ou encore : « Rebeux, blacks, racailles, migrants, dealers, jihadistes. Toi aussi tu rêves de tous les tuer ? Nous en avons fait le vœu. Rejoins l’OAS ! »

Leurs cibles : des mosquées, des restaurants ou des bars fréquentés par des « gauchistes », mais aussi certains hommes politiques comme Christophe Castaner ou Jean-Luc Mélenchon, qui est venu témoigner vendredi 24 septembre. Il dit « pardonner à ces jeunes qui ont gâché leur vie ». Mais, alpagué par les avocats de la défense, il finit par lancer : « Le fond du dossier ne m’intéresse pas. » Au lendemain de son débat avec Éric Zemmour, qu’il « accuse de répandre des idées qui finissent par pousser des gens à la violence », Jean-Luc Mélenchon s’inscrit dans une démarche politique de lutte contre l’extrême droite. Or, au tribunal, on décortique les mécaniques de fond qui ont amené ces six jeunes hommes aujourd’hui âgés de 23 à 33 ans à vouloir commettre des attentats. Trois autres, mineurs au moment des faits, seront jugés en octobre devant un tribunal pour enfants. Tous risquent dix ans de prison.

Ce sont des militants « natios » à forte tendance néonazie. Chez Logan Nisin, la police retrouve un drapeau du IIIe Reich. Ses comptes Facebook ont pour identifiant un mail : klausbraun – en référence à Klaus Barbie et Eva Braun, maîtresse d’Adolf Hitler. Par messages, ils se donnent du « heil camarade »…. Même le nom d’une des sections du groupuscule, appelée « cigale », que Logan justifie « parce que c’est un animal répandu dans le Sud », fait en réalité référence à un jeu de mots propre à l’extrême droite : il sonne comme le salut fasciste, « seig heil ». Chez Thomas A., bras droit de Nisin, des autocollants de propagande : « défense de la race blanche ». Il est abonné à plusieurs pages Facebook comme « Une Nation pour les Blancs »et stocke de nombreux clichés de symboles nazis.

Le but : « Enclencher une remigration basée sur la terreur. »

Sur les réseaux sociaux, Logan Nisin administre même la page Facebook des « amis et supporters d’Anders Breivik »,terroriste norvégien qui a tué 77 personnes lors d’une tuerie de masse en 2011. « À cette époque, pour moi, ce n’est qu’un chiffre », reconnaît celui qui conversait beaucoup sur le forum néonazi Iron March, actif entre 2011 et 2017, et lié à une vague d’attaques criminelles de l’extrême droite aux États-Unis (1). Il reprend le « Je suis Charlie » pour le remplacer par « Je suis Alexandre Bissonnette », en référence à l’auteur d’une tuerie de masse dans un centre culturel musulman à Québec, qui a fait six morts en janvier 2017. « Je ne le considérais pas comme un terroriste, mais comme un résistant », se justifie aujourd’hui le chef du groupuscule.

Choc moral des attentats

La haine du monde arabo-musulman constitue le noyau dur de leur engagement, et les attentats jihadistes vont accentuer ce phénomène. Le 14 novembre 2015, au lendemain de l’attaque du Bataclan, Logan envoie un message à sa mère : « Je ne supporte plus ce pays gauchiste gangrené par les Arabes. Soit je les tue tous, soit je quitte le pays. »

En parallèle, des agitateurs tels qu’Éric Zemmour relient insidieusement les attentats à l’histoire de la décolonisation. Dans une chronique au Figaro du 20 avril 2016, il écrit : « Les assassinats de Charlie et de l’Hyper Cacher de Vincennes, les massacres du Bataclan sonnent le retour des méthodes terroristes qui ont ensanglanté la bataille d’Alger. Mohamed Merah a assassiné des enfants juifs à Toulouse le 19 mars 2012 pour fêter dignement les accords d’Évian. »

Héritage de la guerre d’Algérie

Une analyse qui fait écho chez les défenseurs de l’Algérie française. Outre son nom, la structuration de l’Organisation des armées sociales, pensée par Logan Nisin, se cale sur l’OAS historique (Organisation armée secrète), qu’il avoue avoir voulu régénérer.

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