L’énergie de décroître

Proposer une voie politique et égalitaire de baisse de la consommation d’énergie.

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Les fortes hausses des prix du gaz et de l’électricité font craindre aux gouvernements européens une situation sociale explosive. Les mesures temporaires tentent de limiter la hausse des factures des consommateurs par des subventions ou la baisse des taxes. Est-ce suffisant ? Non, il faut aller plus loin et proposer une voie politique et égalitaire de baisse de la consommation d’énergie. Cela est nécessaire du point de vue écologique mais aussi politique.

Les hausses des prix sont mondiales, car les marchés de l’énergie (gaz, charbon, pétrole) sont mondiaux. Elles ont même conduit récemment la Chine à stopper des usines (dont des fournisseurs de Tesla et d’Apple) dans vingt provinces pour garantir l’approvisionnement des ménages chinois. Les milieux d’affaires craignent un krach énergétique, tant l’économie chinoise est un maillon central dans les chaînes de production mondiales. Les raisons de ces hausses sont de trois types.

La première est économique. La forte reprise de la production mondiale crée une tension sur les approvisionnements en énergie, dont les sources sont majoritairement fossiles. Pour être produite, l’électricité nécessite une source fossile (du charbon et de plus en plus du gaz, car moins émetteur de carbone), nucléaire, hydraulique, solaire ou éolienne. Lorsqu’il y a une tension sur une de ces sources, comme c’est le cas actuellement du gaz, cela se répercute sur les prix de l’électricité, qui est donc plus chère à produire. Le prix d’un watt sur le marché de l’électricité est fixé sur le coût de production le plus élevé pour des raisons politiques, mais aussi techniques. En effet, dans le réseau électrique mondial, on ne peut identifier la source de production, toutes les sources se mélangeant dans le même câble.

La deuxième raison est climatique. Les pays se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). En Europe, cela passe par une baisse régulière des droits à polluer sur le marché des quotas carbone. Conjuguée à la hausse de la demande d’énergie, cette baisse a fait bondir le prix de la tonne de carbone sur le marché à plus de 65 euros, contre 30 euros en début d’année.

La troisième cause est géopolitique. Les approvisionnements en énergies fossiles sont des instruments politiques pour des États à la poursuite de la puissance comme la Russie, qui fournit le gaz européen, ou l’Australie, qui fournit le charbon chinois.

La question énergétique est au cœur du mode de production capitaliste et ne peut être limitée à une question de prix ou de taxe. Il faut aussi sortir de notre dépendance productive à ces systèmes de haute consommation en baissant la consommation d’énergie. Tous les scénarios de transition écologique sérieux planifient une baisse de la consommation d’énergie. L’association négaWatt propose une diminution de la consommation totale de la France entre 2015 et 2050 de 64 %. Il ne s’agit pas de rationner le chauffage dans tous les foyers aveuglément. Il s’agit de démanteler les industries hautement productives fondées sur la consommation d’énergie, par exemple l’agriculture 2.0, et de penser les modes de production dans leur ensemble de manière plus sobre en renonçant aux effets de puissance et de productivité qui détruisent la nature et le travail vivant.

Par Mireille Bruyère Membre du conseil scientifique d’Attac.


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