Ouvrir la boîte de « Pandora »

Grâce à des fuites de documents et un travail journalistique long et minutieux, l'évasion fiscale est de nouveau au cœur du débat public.

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Après les « Lux Leaks », les « Football Leaks » ou autres « Panama Papers », on peut évidemment s’interroger sur les conséquences (judiciaires ou autres) qu’aura la divulgation des « Pandora Papers ». Peu d’informations ont en effet filtré sur les suites données à ces scandales. Or les dernières révélations mettent à nouveau au jour des systèmes très élaborés de sociétés-écrans offshore, permettant à de riches et puissantes personnalités de dissimuler leurs avoirs et d’échapper ainsi à leurs taxations.

Le long et minutieux travail du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), consistant à éplucher des millions de documents fuités, permet au moins, sinon à les faire condamner, de dénoncer sur la place publique les agissements de ces sommités parfaitement cyniques de diverses nationalités. Et de mettre en lumière un « système biaisé en faveur des plus riches » doté de centres offshore qui « offrent une protection non pas seulement contre les taxes, mais aussi contre les lois et les juges » (Le Monde, 5 octobre).

Grâce à une source anonyme, ces « Pandora Papers » dévoilés par l’ICIJ (dont France Inter et Le Monde) ont rendu publique une liste impressionnante « de criminels de tous pedigrees » : vendeurs d’armes, narcotrafiquants, mafieux, etc. Mais aussi les noms de personnalités célèbres ayant usé de ces biais, dont certains, comme Tony Blair, s’étaient eux-mêmes mis en avant comme pourfendeurs de la fraude fiscale ou de la corruption. Côté français, on note les noms du tennisman Guy Forget ou de Dominique Strauss-Kahn, qui aurait contribué par ses judicieux conseils à l’instauration d’une zone détaxée au Maroc, dans laquelle il avait créé des sociétés, tout en économisant ainsi des sommes considérables d’imposition. Apparaissent aussi les noms du roi Abdallah II de Jordanie, du grand ami de la France Denis Sassou-Nguesso, dictateur du Congo-Brazzaville, du premier ministre tchèque Andrej Babis, sixième fortune de son pays, qui, à travers une cascade de sociétés-écrans domiciliées à Monaco ou aux îles Vierges britanniques, a acquis un gigantesque domaine près de Mougins (Var) pour quelque 14 millions d’euros, sans jamais apparaître comme son propriétaire effectif. Si tous ces systèmes « d’optimisation fiscale » sont destinés à dissimuler la corruption ou, du moins, l’avarice rapace de ces puissants vis-à-vis de l’intérêt général et des peuples, leur révélation par la presse est un pas important pour imposer une légitime demande de justice de la part des contribuables de base, à qui le fisc n’a pas l’habitude de faire de cadeaux…


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