La Guadeloupe contre l’État

Le mouvement contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale vire au chaos dans l'île la plus éruptive des Antilles françaises.

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Voitures incendiées,magasins pillés, barrages routiers… Et voilà de nouveau à l’œuvre le vicieux engrenage de la violence. La Guadeloupe déverse depuis la fin de semaine dernière des images dont les médias s’abreuvent, alimentant une sensation de chaos que saisit l’État pour justifier la nécessité de rétablir l’ordre. Tout est parti d’un appel à la grève générale d’organisations syndicales et citoyennes contestant le passe sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignant·es, qui devaient se mettre en règle avant le 15 novembre pour éviter une mise à pied.

L’île, la plus éruptive des Antilles françaises, joue souvent le rôle d’étincelle sur des barils de poudre que les autorités abandonnent à l’air libre. En 2009, la grève contre la vie chère, lancée en Guyane puis reprise en Martinique, tourne en Guadeloupe à la paralysie totale de l’activité pendant 44 jours. La crise économique mondiale a généré des impacts beaucoup plus violents aux marges de l’ex-empire français que dans l’Hexagone. Le gouvernement ne s’en souciait guère jusque-là.

Cette radicalité guadeloupéenne puise dans une histoire coloniale dont le sang versé n’a jamais complètement séché. Mais tient avant tout à des indicateurs sociaux indignes de la République, prompte à envoyer des gendarmes éteindre les incendies de rue mais procrastinatrice pour traiter le feu des inégalités qui couve en profondeur. Le chômage touche un jeune sur trois, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, les coupures d’eau sont quotidiennes, le système de santé est très dégradé. Et la mortalité par le covid est la plus élevée des départements français. Alors que le taux de vaccination y est l’un des plus faibles.

Inconséquence de la contestation sanitaire, diront certains. Mais tout comme les DOM sont souvent escamotés par commodité sur les cartes épidémiologiques nationales, ils ont été négligés par Paris dans sa politique anti-covid nationale monolithique, inadaptée aux particularismes locaux – culture, éducation, acceptation, etc. L’état sanitaire de la Guadeloupe reflète un échec de l’État là où il sera tenté de fustiger l’indocilité des îlien·nes. Un État qui a nourri une énorme défiance envers sa parole, éhontément responsable de la contamination au chlordécone qui affecte 90 % de la population locale. Et comme toujours, Macron ne voit qu’une violence à l’œuvre, celle des gens à bout. Il entend donc _« ne rien céder au mensonge et à la manipulation par certains de cette situation », car « on ne peut pas utiliser la santé des Françaises et des Français pour mener des combats politiques ». _Ça parlera sûrement aux Guadeloupéennes et aux Guadeloupéens.


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