L’Europe verte en trompe-l’œil

L’objectif doit être de transformer en profondeur le système économique dominant, et non de le « verdir ».

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La COP 26 est l’occasion pour l’Union européenne de se présenter comme un bon élève de la classe pour la lutte contre le changement climatique, en exhibant son Green Deal, ou Pacte vert, élaboré pour conduire les 27 pays membres à la neutralité carbone en 2050.

On doit malheureusement émettre de sérieux doutes sur les fondements du Pacte vert européen. Pour une première raison, c’est qu’il propose de verdir l’économie européenne sans opérer un véritable changement systémique. Ainsi, le mythe de la croissance verte est au cœur du pacte, qui propose « une nouvelle stratégie de croissance destinée à transformer le défi climatique en une véritable opportunité », tournant ainsi le dos à l’objectif prioritaire de sobriété. Par ailleurs, le Pacte vert est fondé sur la croyance que l’objectif de neutralité carbone sera atteint, sans remise en cause du modèle actuel de croissance, grâce à des innovations technologiques telles que la géo-ingénierie qui permettraient de neutraliser les émissions de CO2 en stockant le carbone. Enfin, il n’y a aucune prise en compte des conséquences internationales du pacte, notamment de la poursuite de l’extractivisme dans les pays du Sud pour obtenir les minerais, tels que le lithium, nécessaires à la transition énergétique.

Une autre critique forte à adresser au Pacte vert est le rôle donné à la finance. Présenté comme le pilier central, le programme de financement de 1 000 milliards d’euros sur dix ans pose plusieurs problèmes. Malgré les apparences, ce plan, dont la mise en œuvre a commencé en 2021, est très modeste puisqu’il conduit à apporter des financements en moyenne de l’ordre de 3,5 milliards d’euros par an pour chacun des 27 États membres de l’UE. En fait, ce financement public européen est considéré comme un levier pour stimuler les financements privés par les marchés et les grandes banques. Or la « finance verte » privée est guidée par des objectifs de rentabilité financière à court terme et ne peut en aucun cas apporter les financements à long terme requis par la transition écologique. Ce biais en faveur de la finance privée est une faille majeure du Pacte vert.

Il existe une conception alternative du Green Deal, soutenue par les ONG européennes progressistes (1). L’objectif doit être de transformer en profondeur le système économique dominant, et non pas de le « verdir ». Organiser à l’échelle de l’Union européenne cette nécessaire bifurcation vers une société et une économie compatibles avec les impératifs climatiques est un choix politique et non technique, qui doit mettre au premier plan les objectifs de justice sociale et de démocratie, sans lesquels toute tentative de transition écologique est vouée à l’échec. Ce qui implique de remettre en cause les rouages centraux de notre système économique, en particulier la finance spéculative, l’extractivisme et les chaînes de valeur globales des multinationales dans les pays du Sud.

(1) Counter Balance, « The European Green Deal : Reclaiming public investments for a real socio-ecological transformation », octobre 2021.


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