« Tre Piani », de Nanni Moretti : La vie bornée, mode d’emploi

Dans Tre Piani, Nanni Moretti met en scène des personnages englués dans l’individualisme de notre époque. Un regard dénué de moralisme, traçant même des voies d’émancipation.

T re Piani débute par une scène d’une violence sèche : une voiture lancée à toute allure renverse une femme et la tue sur le coup. À son bord, le fils alcoolisé (Alessandro Sperduti) d’un couple de magistrats, qui, alertés, accourent. Le peu d’attention accordée à la défunte par le trio familial est troublant. L’enjeu se situe entre eux, et pas au-delà. Entre un père (Nanni Moretti) qui a toujours été tyrannique et n’a jamais cessé de juger durement son fils, une mère (Margherita Buy) aimante mais sous la coupe de son mari, et ce fils devenu irresponsable.

La grande maison résidentielle où vivent ces trois-là, composée de quelques appartements disposés sur trois étages (tre piani), est le pivot du film, adapté du roman éponyme de l’écrivain israélien Eshkol Nevo (1). Voilà qui pourrait donner lieu à un film choral, avec d’incessants échanges entre les uns et les autres, tout en convivialité. Il s’en faut de beaucoup. Certes, ses habitants ont en apparence une existence normale et rentrent et sortent au gré de leurs activités. Ils vivent pourtant confinés. Non au sens de l’ère covid – le film a été réalisé avant que survienne la pandémie. Mais parce qu’ils sont repliés sur eux-mêmes, comme si leurs fenêtres n’ouvraient pas sur le monde.

Ainsi, Lucio (Riccardo Scamarcio) : il est le père de la petite Francesca, que sa femme et lui confient de temps à autre à leurs voisins vieillissants. Un jour, l’homme, un peu sénile, se perd dans un parc avec Francesca. Lucio les retrouve et est convaincu que son voisin a abusé sexuellement de sa fille. Il s’enferme dans cette obsession, au point de ne pas vouloir entendre la police et les psychologues qui lui disent le contraire. Le film montre un homme sincèrement terrassé par cette idée. Et poussé à la violence.

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