Catalina Matorral : Chansons sans âge

Le duo Catalina Matorral publie un délectable premier album distillant un genre de néo-folk subtilement mutant et diablement entêtant.

Jérôme Provençal  • 8 décembre 2021
Partager :
Catalina Matorral : Chansons sans âge
© Catalina Matorral

Si Catalina Matorral est un nouveau groupe, les deux personnes qui l’ont créé – la Française Marion Cousin et l’Espagnol Borja Flames – creusent un sillon musical commun depuis déjà quinze ans. Après leur rencontre à Barcelone en 2006, ils ont d’abord œuvré au sein de June et Jim, concevant d’insolites chansons en français (surtout) ou en espagnol. À ce duo originel, devenu un quatuor avec l’adjonction de deux autres musiciens (Renaud Cousin et Igor Estrabol), on doit plusieurs EP et deux beaux albums, Les Forts (2012) et Noche Primera (2013).

À partir de 2013, Marion Cousin s’est consacrée avant tout à l’exploration des musiques traditionnelles de la péninsule ibérique. Elle a d’abord revisité un florilège de chants de travail et chansons de geste des Baléares sur Jo estava que m’abrasava (2016), recueil au dépouillement ardent conçu avec le violoncelliste Gaspar Claus. Elle a ensuite jeté son dévolu sur des chansons de l’Estrémadure – région du sud de l’Espagne où Luis Buñuel a tourné Terre sans pain – pour Tu rabo par’abanico : Romances de Extramadura (2020), album atypique réalisé avec le duo électro -Kaumwald, dans lequel sa voix (parfois déformée à l’auto-tune) plane sur de frémissantes parties instrumentales dominées par les turbulences des synthés modulaires.

De son côté, durant la même période, Borja Flames s’est engagé dans la voie (lactée) d’une pop en gravitation libre – et en espagnol – sur deux palpitants albums solos, Nacer blanco (2016) et Rojo vivo (2018). Franchement plus électronique, le second évolue dans un cosmos scintillant, à des années-lumière du monde musical ordinaire.

« Après le deuxième album de June et Jim, nous avons eu envie tous les deux de nous ouvrir à de nouvelles expériences, explique Borja Flames. Nous avons pris du temps pour expérimenter séparément dans d’autres champs sonores, mais nous avons continué en parallèle à travailler sur des morceaux ensemble, en duo. Petit à petit, nous avons senti que notre musique prenait une nouvelle tournure, ce qui nous a conduits à changer de nom. »

Ainsi le duo resurgit-il à présent, rebaptisé Catalina Matorral. Le prénom Catalina fait référence en particulier à Catalina Mateu, une chanteuse des Baléares (dont subsistent peu d’enregistrements), et le nom « Matorral » – qui peut se traduire par « maquis » ou « garrigue » – évoque un type de -paysage caractéristique de l’archipel espagnol. «Quand j’ai entendu la voix de Catalina Mateu pour la première fois, j’ai vraiment été bouleversée, raconte Marion Cousin. Cette découverte a été à la source de plusieurs albums et a suscité un lien très fort avec les Baléares, où nous avons passé beaucoup de temps. »

Sous forte influence de l’Espagne, Catalina Matorral s’exprime pourtant uniquement en français. Les paroles et les musiques sont signées en binôme, Marion Cousin assurant le chant principal. Leurs instruments mêlent guitare, synthés et percussions. Par-ci, par-là se joignent quatre partenaires de jeu : Ernest Bergez (violon), Gaspar Claus (violoncelle), Renaud Cousin (batterie) et Igor Estrabol (clarinette, trompette, bugle).

Simplement intitulé Catalina Matorral, l’album contient dix chansons fantasques et fureteuses, aux remous subtils, qui sonnent comme des ballades folk médiévales projetées vers le futur. D’emblée saisissant, leur charme vif s’accentue un peu plus à chaque nouvelle écoute.

Catalina Matorral, Catalina Matorral, Via Parigi/Le Saule/Outre-national.

Musique
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don !

Envie de soutenir le journal autrement qu’en vous abonnant ? Faites un don et déduisez-le de vos impôts ! Même quelques euros font la différence. Chaque soutien à la presse indépendante a du sens.

Faire Un Don