Élections allemandes : Un nouveau souffle pour l’Union européenne

La coalition allemande se montre très volontariste sur les questions communautaires, disposée même à modifier les traités.

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Parmi les domaines où le contrat de coalition allemande marque la fin de l’ère Merckel, il y a la politique européenne. « La chancelière n’a pas imprimé de vision pour l’Union, qu’il s’agisse du social, des investissements, etc., commente l’eurodéputé écologiste Sven Giegold (1), l’un des principaux négociateurs Verts. Elle la concevait comme un espace intergouvernemental de coopération pour gérer les crises. Nous voulons rompre avec cette posture, pour mener une politique beaucoup plus active, avec un nouveau souffle. »

Et tout d’abord, tracer une fissure nette dans le dogme cardinal de l’austérité budgétaire. La coalition affiche la volonté de réformer le pacte de stabilité et de croissance, qui bride le déficit budgétaire des États membres à 3 % de leur PIB. « Le signal est clair : la porte était fermée, elle est aujourd’hui ouverte », affirme Sven Giegold. Ensuite, même si c’est à demi-mot, l’accord n’exclut pas de reconduire le mécanisme de solidarité né de la crise covid – le plan de relance de 750 milliards d’euros pour amortir l’impact économique et social de la pandémie –, avec la création d’une dette commune à l’échelle de l’Union. « L’Allemagne se dispose à financer de grands projets communautaires dans le domaine de la transition énergétique, du numérique, du ferroviaire ou de la recherche », précise l’eurodéputé. Grâce à des taxations communautaires, sur les produits et service émetteurs de CO2 aux frontières de l’UE, les transactions financières, les profits des mastodontes de l’économie numériques (Gafam), les produits en plastique, etc. Ce qui pourrait même résoudre en partie l’équation de la coalition allemande : comment financera-t-elle sa très ambitieuse transition écologique quand le FDP, qui contrôlera les finances, est réfractaire à tout endettement ou impôts supplémentaires ? Autre déblocage fiscal consenti à l’Union : une avancée dans l’union bancaire avec le consentement à la création d’un système européen de garantie des dépôts, que Berlin bloquait depuis plus de dix ans.

Alors que l’Allemagne a souvent limité son intérêt pour l’espace européen à son potentiel économique, la coalition prépare des initiatives pour relancer les ambitions de l’Union. « Nous voulons élargir sa capacité à prendre des décisions à la majorité qualifiée dans tous les domaines », explicite Sven Giegold. Y compris dans le domaine diplomatique, ce qui offrirait une véritable capacité d’intervention à un « ministre européen des Affaires étrangères », domaine où l’Union s’est régulièrement retrouvée impuissante, en particulier quand il s’est agi de décider de sanctionner des gouvernements autoritaires lors de crises récentes aux portes de l’Union (Russie, Chypre, Bélarus).

« Tout cela va vers le fédéralisme que nous appelons de nos vœux », affirme David Cormand.

« Tout cela va vers le fédéralisme que nous appelons de nos vœux », se réjouit l’eurodéputé EELV David Cormand. La perspective reste cependant une vue de l’esprit (l’ébauche allemande est loin d’y suffire). « Et puis ça bouscule Emmanuel Macron… » Le président français jouait les aiguillons de l’Union, mais sans grand frais : le partenaire allemand ne suivait pas, son volontarisme pouvait en rester à l’état d’intentions. Avec le futur chancelier SPD Olaf Scholz, qui sera formellement élu début décembre, il a trouvé plus européiste que lui.

Et l’axe franco-allemand se prépare à des frictions fortes sur au moins un sujet : l’énergie. Berlin veut fortement accélérer la pénétration des énergies renouvelables et l’abandon des fossiles, alors que la dernière centrale nucléaire allemande fermera en 2022. Tandis que Macron veut construire six nouveaux EPR et inscrire le nucléaire au rang des énergies « vertes » dans la taxonomie européenne qui guidera les investissements durables dans l’Union. De quoi alimenter un premier bras de fer dès janvier prochain, avec la prise par la France de la présidence tournante de l’UE. Si l’accord de coalition ne dit rien sur ce point, Sven Giegold livre une piste de compromis. « Nous resterons fermes sur une définition claire et non édulcorée de la taxonomie verte à l’échelle de l’Union. En revanche, nous pourrions laisser les pays choisir ce qu’ils entendent chez eux par “énergie verte”. Si la France décide de soutenir le nucléaire par ce biais, c’est son affaire. »

La nouvelle politique migratoire de l’Allemagne devrait aussi bousculer son partenaire, ainsi que l’Union. « Elle est motivée par des raisons économiques mais également éthiques, j’en suis très fier », se félicite Sven Giegold, « choqué » par les nouvelles positions très droitières d’un Michel Barnier, « avec qui [il a] étroitement travaillé à Bruxelles ».

(1) À l’occasion d’une conférence organisée jeudi 25 novembre par la Fondation Heinrich-Böll.


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