L’intouchable de la République

Le pas-encore-candidat a fait savoir aux responsables de chaînes de télévision qu’il ne souhaitait pas participer aux débats du premier tour.

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Ce début de semaine, alors qu’Emmanuel Macron battait campagne (sans le dire) dans le Limousin, on apprenait par son entourage que le pas-encore-candidat avait fait savoir aux responsables de chaînes de télévision qu’il ne souhaitait pas participer aux débats du premier tour. Pour le président-candidat, descendre dans l’arène et y ferrailler avec ses concurrents serait s’abaisser. Notons que ces débats, que les chaînes tentent dès maintenant de programmer, ne sont nullement une obligation. Organisées pour la première fois en 2017, ces joutes avaient intéressé des millions d’électeurs. Elles avaient été profitables à Jean-Luc Mélenchon et à Emmanuel Macron, qui avait « montré qu’il avait la stature pour faire le job de président de la République et être capable d’affronter ses adversaires », rappelait samedi sur France Info Gaspard Gantzer, l’ex-conseiller en communication de François Hollande.

Seulement, le chef de l’État en exercice sait qu’il risque de concentrer les attaques, comme cela a été le cas au Parlement européen, le 19 janvier. Venu y présenter ses priorités pour le semestre de présidence française de l’Union européenne, dont il entend profiter électoralement – ce week-end, un tract d’En Marche ! vantait son action continentale –, le chef de l’État a dû essuyer les attaques et critiques des eurodéputés de l’opposition, de Jordan Bardella (RN) à Manon Aubry (LFI) en passant par François-Xavier Bellamy (LR) et Yannick Jadot (EELV). Depuis le pupitre central, l’écologiste, seul candidat à la présidentielle à siéger à Strasbourg, s’est tourné tout au long de son intervention vers Emmanuel Macron, assis à trois mètres de lui, l’étrillant sur le terrain du climat : « Vous promouvez le gaz pour sauver un nucléaire condamné à la faillite » et « vous resterez dans l’histoire comme le président de l’inaction climatique ». L’irruption en cette instance de la campagne électorale française a passablement irrité les eurodéputés des autres nations.

De tels échanges n’auraient jamais pu se voir à Paris. Car, par un des archaïsmes de notre Constitution, députés et sénateurs ne peuvent interroger dans leurs assemblées le Président, qui a cet extravagant privilège de pouvoir décider du cadre de sa parole et de n’être mis en situation de dialogue ou de confrontation avec des responsables politiques ou des journalistes que selon son bon vouloir. Et à ses conditions.

Certes, aucun président candidat au renouvellement de son mandat n’a jamais participé à un débat de premier tour. Mais, après ceux de 2017, il est démocratiquement inadmissible qu’Emmanuel Macron, judiciairement irresponsable et intouchable durant son mandat, se défile, une fois de plus, en refusant de débattre avec ses concurrents. D’égal à égal.


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