L’intouchable de la République

Le pas-encore-candidat a fait savoir aux responsables de chaînes de télévision qu’il ne souhaitait pas participer aux débats du premier tour.

Michel Soudais  • 26 janvier 2022
Partager :
L’intouchable de la République
© Markus Schreiber / POOL / AFP

Ce début de semaine, alors qu’Emmanuel Macron battait campagne (sans le dire) dans le Limousin, on apprenait par son entourage que le pas-encore-candidat avait fait savoir aux responsables de chaînes de télévision qu’il ne souhaitait pas participer aux débats du premier tour. Pour le président-candidat, descendre dans l’arène et y ferrailler avec ses concurrents serait s’abaisser. Notons que ces débats, que les chaînes tentent dès maintenant de programmer, ne sont nullement une obligation. Organisées pour la première fois en 2017, ces joutes avaient intéressé des millions d’électeurs. Elles avaient été profitables à Jean-Luc Mélenchon et à Emmanuel Macron, qui avait « montré qu’il avait la stature pour faire le job de président de la République et être capable d’affronter ses adversaires », rappelait samedi sur France Info Gaspard Gantzer, l’ex-conseiller en communication de François Hollande.

Seulement, le chef de l’État en exercice sait qu’il risque de concentrer les attaques, comme cela a été le cas au Parlement européen, le 19 janvier. Venu y présenter ses priorités pour le semestre de présidence française de l’Union européenne, dont il entend profiter électoralement – ce week-end, un tract d’En Marche ! vantait son action continentale –, le chef de l’État a dû essuyer les attaques et critiques des eurodéputés de l’opposition, de Jordan Bardella (RN) à Manon Aubry (LFI) en passant par François-Xavier Bellamy (LR) et Yannick Jadot (EELV). Depuis le pupitre central, l’écologiste, seul candidat à la présidentielle à siéger à Strasbourg, s’est tourné tout au long de son intervention vers Emmanuel Macron, assis à trois mètres de lui, l’étrillant sur le terrain du climat : « Vous promouvez le gaz pour sauver un nucléaire condamné à la faillite » et « vous resterez dans l’histoire comme le président de l’inaction climatique ». L’irruption en cette instance de la campagne électorale française a passablement irrité les eurodéputés des autres nations.

De tels échanges n’auraient jamais pu se voir à Paris. Car, par un des archaïsmes de notre Constitution, députés et sénateurs ne peuvent interroger dans leurs assemblées le Président, qui a cet extravagant privilège de pouvoir décider du cadre de sa parole et de n’être mis en situation de dialogue ou de confrontation avec des responsables politiques ou des journalistes que selon son bon vouloir. Et à ses conditions.

Certes, aucun président candidat au renouvellement de son mandat n’a jamais participé à un débat de premier tour. Mais, après ceux de 2017, il est démocratiquement inadmissible qu’Emmanuel Macron, judiciairement irresponsable et intouchable durant son mandat, se défile, une fois de plus, en refusant de débattre avec ses concurrents. D’égal à égal.

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Marine Le Pen ne veut pas de Jordan Bardella à l’Élysée
Parti pris 7 juillet 2026

Marine Le Pen ne veut pas de Jordan Bardella à l’Élysée

En refusant de laisser son dauphin porter les couleurs du parti malgré ses déboires judiciaires, Marine Le Pen révèle une vérité politique longtemps masquée : au moment décisif, le RN demeure organisé autour d’un nom plus que d’un parti. Ce choix pourrait ouvrir une crise dont l’extrême droite ne mesure pas encore les conséquences.
Par Pierre Jacquemain
Marine Le Pen et le piège du bracelet
Parti pris 7 juillet 2026

Marine Le Pen et le piège du bracelet

En permettant l’éligibilité de la cheffe de file du RN, tout en confirmant sa condamnation, la justice place la dirigeante du RN face à ses propres déclarations. Quel que soit son choix, le coût politique s’annonce élevé.
Par Pierre Jacquemain
Le cul-de-sac Roussel
Parti pris 7 juillet 2026

Le cul-de-sac Roussel

Un constat à l’aune du 40e congrès du Parti communiste français, qui a reconduit Fabien Roussel à sa tête : plus la formation politique s’affaiblit électoralement, plus il fait de l’affirmation de son autonomie une fin en soi. L’histoire du communisme français raconte pourtant l’inverse.
Par Pierre Jacquemain
Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe
Réchauffement climatique 30 juin 2026

Canicule : quand médias et politiques rejouent les pires répliques des films catastrophe

La séquence médiatique autour de l’épisode majeur de canicule de juin a dépassé la fiction des films catastrophe. Politiques, journalistes et chroniqueurs ont excellé dans le pire, du déni au mépris des scientifiques.
Par Céline Martelet et Juliette Heinzlef