Dossier : Ukraine : La résistance d’un peuple

Comment les Ukrainiens se sont préparés à la guerre

De Kyiv aux oblasts de Donetsk et de Kharkiv, alors que l’inimaginable se produit, les populations ne comptent pas se laisser faire et prennent les armes pour résister. Paroles d’habitants quelques heures avant le début de l’invasion russe.

Dans son immeuble, vestige de l’époque soviétique au sud-est de la banlieue de Kyiv, la capitale de l’Ukraine, Valentina fête ses 56 ans avec ses enfants, leurs conjoints et sa petite-fille. Sur l’écran géant du télé-viseur, les images glaçantes des exercices russes et de l’accumulation de matériel de guerre tout autour de l’Ukraine sont diffusées. Une coupe de champagne à la main, Valentina ne veut pas croire à la guerre. Pour elle, personne ici ne veut entrer en conflit avec le pays voisin. Sans doute même pas la population russe. Las, le deuxième jour de l’offensive, le 25 février, elle est réveillée par une explosion ayant touché deux immeubles de la rue voisine.

La veille de cette invasion, un air d’insouciance régnait pourtant dans les rues animées de Kyiv. Valentina était tiraillée entre les annonces alarmistes de l’Occident, qui avait finalement vu juste, et celles du gouvernement ukrainien, qui considérait qu’il ne fallait pas succomber à la panique, malgré la présence de troupes et d’armements à moins de 150 kilomètres en Biélorussie, au nord de Kyiv. À l’instar de la plupart des habitants de la capitale, Valentina n’avait pas fait sa valise de secours, comme le recommandaient les autorités. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’à partir du moment où sonneront les sirènes alertant de l’imminence d’un bombardement potentiel de la capitale, il faudra qu’elle aille se réfugier dans la station de métro Karkivia, qui se trouve à quelques minutes à pied de chez elle. Que faire ensuite ? Fuir ? Mais pour aller où ? Prendre les armes comme une partisane, elle y pense, mais cela reste inconcevable pour elle d’aller se battre.

Impressionnante sérénité

La fille de Valentina, Lydiia, 32 ans, refusait elle aussi de croire à une invasion de l’Ukraine par l’armée russe malgré les signaux forts du moment. Comme de nombreux jeunes, elle n’écoute même plus les informations. Juriste, elle fait pourtant partie des civils âgés de 18 à 60 ans qui doivent s’inscrire en tant que réservistes depuis le début de l’année en raison de la menace russe. Elle a voulu réaliser cette démarche, mais le bureau de recrutement ne disposait pas des documents nécessaires.

150 bataillons rassemblent 130 000 civils, dont près de 10 % de femmes.

À peine remarque-t-on les petits panneaux indiquant la présence d’un abri souterrain dans lequel se réfugier en cas de bombardement. Ici, les commerces ne sont pas dévalisés, contrairement à ce qui s’était passé lors des premiers mois de la pandémie de covid-19. On constate juste que les forces de l’ordre sont plus présentes, et encore… Ce qui est certain, c’est qu’en cas d’attaque, cette population qui montre une impressionnante sérénité face à la menace ne se laissera pas faire.

À guerre hybride, réponse hybride

Parmi ceux qui ne comptent pas partir vers l’ouest, et notamment Lviv, où se sont délocalisées la plupart des ambassades, il y a les volontaires de la défense territoriale. Des civils qui occupent leur samedi à s’entraîner à des exercices militaires. L’objectif est de créer des unités capables de mener une guérilla d’usure en milieu urbain et des sabotages. Il existe 25 brigades comptant 150 bataillons pour un total de 130 000 personnes, dont 10 % de femmes.

Ces brigades existent depuis 2018 et elles reprennent la philosophie appliquée dans les pays baltes, et notamment l’Estonie avec la Ligue de défense estonienne Kaitseliit, ou la Lithuanian Rifleman en Lituanie. Très actives dans ces États baltes, ces milices composées de civils volontaires sont désormais dotées d’effectifs plus importants que l’armée régulière. Le nombre d’inscrits a explosé depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et la guerre menée dans le Donbass.

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