« Communisme » et mépris de classe

La plèbe serait insensible aux problématiques liées au racisme, au féminisme ou à l’écologie.

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Ça fait des années que ça dure : des années que de grands esprits supposément de gauche, perchés à des altitudes himalayesques, décrètent, depuis le haut de ces surplombements, que la plèbe (also known as « les milieux populaires » ou « les classes » du même nom), dont ces intelligences tiennent (faussement) pour acquis qu’elle se serait massivement déportée vers l’extrême droite, serait insensible aux problématiques liées au racisme ou au féminisme et rétive à l’écologie, et qu’il faudrait donc lui parler plutôt, pour gagner son vote, de justice sociale – laquelle serait donc, c’est induit, totalement indépendante (et déconnectée) desdites problématiques.

C’est ce que vient encore de suggérer le désolant Emmanuel Todd, en proclamant, dans le cours de sa tournée de promotion de son burlesque nouveau livre, que « le féminisme actuel », selon lui trop sévère, « est une catastrophe pour les milieux populaires ». (Traduction : Mona Chollet va trop loin, ne pas s’étonner après ça que les pauvres votent pour des fascistes.)

Cette rebutante rhétorique, où des engagements progressistes – féministe ou écologiste, par exemple – sont systématiquement présentés comme nuisibles au bien-être d’un petit peuple fantasmé, est aussi – surtout – celle dont use et abuse depuis plusieurs semaines Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français à l’élection présidentielle, quand il déclare : « Aujourd’hui, certains nous font la leçon tous les jours. Il faudrait interdire […] la viande […]. Nous, nous voulons répondre aux attentes des classes populaires ! »

Puis : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage, pour moi, c’est la gastronomie française. »

Puis encore : « On va manger quoi ? Du tofu et du soja ? Mais enfin ! […] Je préfère, moi, qu’on mange moins de viande mais qu’on en mange tous et qu’on en mange de la bonne ! De la produite en France sur des systèmes herbagés, en plein air, pas en batterie ! Une bonne vieille viande issue de chez nous ! »

On l’aura compris : de la même façon qu’Emmanuel Todd n’arrive pas à imaginer que « les milieux populaires » adhèrent à ce qu’il appelle si dédaigneusement « le féminisme actuel », Fabien Roussel, lui, se montre incapable d’envisager la possibilité même que les pauvres, contrairement à ce qu’il suggère avec tant d’insistance depuis qu’il se raconte qu’il gagnera leurs voix en répétant qu’iels doivent manger de la viande « bien de chez nous (1) », soient conscient·es des enjeux alimentaires liés au dérèglement climatique, à leur propre sécurité sanitaire ou à la condition animale. Incapable d’envisager la possibilité même que les pauvres soient impliqué·es dans des combats environnementaux, éthiques et sanitaires de première importance, que les pauvres puissent aimer le soja et le tofu, que les pauvres puissent être végétarien·nes ou véganes.

Et cela porte un nom : le mépris de classe.

(1) Car pourquoi ne pas flatter au passage leur supposée fibre nationaliste ?


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