Faute de services publics, des services « citoyens »

Les bénévoles sont de plus en plus impliqués dans des missions de service public. Une manière d’être au plus près des besoins des usagers et de pallier le désengagement de l’État. Mais avec le risque d’encourager ce recul.

Erwan Manac'h  • 23 février 2022 abonné·es
Faute de services publics, des services « citoyens »
Une manifestation pour l’accueil des réfugiés afghans, le 18 août 2021, à Toulouse.
© Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Ahmed (1) aurait pu devenir fou. Mais ce n’est pas à cause des routes sinueuses de l’exil, de sa traversée de la Méditerranée dans un bateau de fortune et de son long bras de fer avec l’administration française. Ses craintes à lui se nommaient isolement, solitude et repli sur soi. Il les a vues happer tour à tour ses compagnons de galère, dans les foyers d’accueil pour réfugiés, qu’il a fréquentés depuis 2016, à son arrivée en France.

S’il n’a pas « perdu la tête », malgré une période difficile, c’est grâce à des rencontres qui lui ont permis d’étancher sa « soif d’une nouvelle langue et d’une nouvelle culture ». Édouard et Bénédicte font partie de ses bienfaiteurs. Depuis le mois d’octobre, le couple de retraités, hébergeurs solidaires (et bénévoles), met gratuitement à sa disposition un studio inoccupé dans un coin de leur petit jardin, en banlieue parisienne. Choqué par les images d’Afghanistan, l’été dernier, Édouard, ancien ingénieur dans l’industrie automobile, voulait se rendre utile. En quelques clics, il trouve sur un site du gouvernement le contact de l’association Réfugiés bienvenue, qui leur présente Ahmed, Soudanais d’une vingtaine d’années à l’humeur rieuse. Ce dernier posera ses valises chez eux pour douze mois.

La relation entre eux s’est nouée en douceur. « Il est chez lui [dans le studio] et nous sommes chez nous », le tranquillise Bénédicte. Il vient parfois « grignoter » avec le couple et mélanger les langues et les cultures. « Je n’ai jamais senti que j’étais hébergé »,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Économie Société
Publié dans le dossier
Services publics : Le grand abandon
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

« L’État nous ignore » : surexploités cet été, les pompiers volontaires oubliés à la rentrée
Analyse 3 septembre 2026 abonné·es

« L’État nous ignore » : surexploités cet été, les pompiers volontaires oubliés à la rentrée

Ils représentent près de 78 % des effectifs, assurent 66 % des interventions, mais sont exclus des discussions sur le très attendu projet de loi sur la sécurité civile. Les deux syndicats de sapeurs-pompiers volontaires revendiquent simplement le droit de s’exprimer.
Par Elina Barbereau
Cyber-attaques : l’École n’a pas de « plan B »
Analyse 2 septembre 2026 abonné·es

Cyber-attaques : l’École n’a pas de « plan B »

L’Éducation nationale a subi sa troisième effraction numérique de l’année, avec à la clé des données évanouies dans la nature. En cette rentrée, faute d’outils adaptés, de nombreux profs bricolent pour pallier le manque d’anticipation de l’institution.
Par Maxime Sirvins
Fuites de données : tous vulnérables mais pas tous égaux
Enquête 2 septembre 2026

Fuites de données : tous vulnérables mais pas tous égaux

Après une série de piratages massifs, administrations et entreprises appellent leurs usagers à la vigilance. Mais comprendre le risque, déjouer une arnaque, surveiller ses comptes ou faire valoir ses droits exige des ressources inéquitablement réparties.
Par Maxime Sirvins
Utopia 56 : « C’est la politique globale à la frontière qui tue »
Entretien 1 septembre 2026 abonné·es

Utopia 56 : « C’est la politique globale à la frontière qui tue »

En novembre 2021, le naufrage d’une embarcation dans la Manche tuait 31 personnes migrantes. Mardi 8 septembre s’ouvre le procès de 14 passeurs. Les militaires mis en examen pour non-assistance à personne en danger font l’objet d’une procédure distincte. Raphaëlle, d’Utopia 56 invite à se questionner sur « le régime des frontières ».
Par Pauline Migevant