« Nous », d'Alice Diop : Réparer le tissu social

Dans Nous, Alice Diop suit la ligne B du RER avec sa caméra pour donner une représentation aux populations qu’elle rencontre, sans exclusive.

En exergue du deuxième long-métrage d’Alice Diop, La Permanence (2016), qui se déroulait dans le cabinet d’un médecin généraliste à l’hôpital Avicenne, à Bobigny, on pouvait lire ce propos de Fernando Pessoa : « On m’a parlé de peuples et d’humanité. Mais je n’ai jamais vu de peuples ni d’humanité. J’ai vu toutes sortes de gens, étonnamment dissemblables. Chacun séparé de l’autre par un espace dépeuplé. » Le travail de la réalisatrice refuse la segmentation, les frontières. On y sent une volonté de réparation : Nous pose des points de suture pour tenter de réunir des bouts de société qui s’ignorent, des îlots dispersés dont certains sont même au-dessous du niveau du visible.

Le « nous » d’Alice Diop se veut fédérateur. Dans un même film, non pour les opposer, ni même les juxtaposer, mais pour qu’ils coexistent, elles montrent des gars des cités dans la quiétude d’une après-midi d’été et des participants à une chasse à courre dans les Yvelines. Deux mondes l’un à l’autre totalement étrangers, « chacun séparé de l’autre par un espace dépeuplé ». Ce « nous » du titre ne relève pas d’un naïf « vivre-ensemble » – la cinéaste ne perd pas de vue les différences sociales abyssales. Le choix de ce « nous » est un geste de revendication égalitaire. Comme si elle affirmait le droit à la représentation pour tous, et l’inscription de tous dans un même territoire : un film, une ligne de RER…

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