Dossier : Ukraine : La résistance d’un peuple

Ukraine : le tri racial des réfugiés

Plusieurs vidéos et témoignages démontrent un traitement discriminant et raciste des réfugiés Africains qui tentent de fuir l’Ukraine. L'Ukraine et la Pologne démentent, les pays africains réagissent.

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De nombreuses vidéos diffusées ces derniers jours sur les réseaux sociaux montrent une discrimination raciste manifeste des réfugiés qui tentent de fuir l’Ukraine, triant, à différents points de passage, ces derniers en fonction de leur couleur de peau. À Zaporija dans l'est du pays et alors que les russes étaient à cinquante kilomètres, les autorités ukrainiennes ont empêché des réfugiés noirs de monter dans les trains en direction de Lviv, ville située à 70km de la Pologne. À la frontière, ce sont les douanes qui pointent leurs armes sur les réfugiés d’origine africaine, obligés de lever les mains au ciel et de crier « nous sommes étudiants, nous ne sommes pas armés » ou, comme ci-dessous un douanier qui repousse violemment un réfugié.

Sur une autre vidéo, une femme, avec un bébé de quelques mois, attend avec une foule d’Africains, devant un poste frontière dans la nuit gelée.

La Pologne a démenti l’existence d’un tri raciste des réfugiés aux frontières prétextant que déjà plus de 200 000 personnes avaient été accueillis en Pologne « quelle que soit leur nationalité », plaide l’ambassade de Pologne en France.

« C’est faux, nous les avons rencontrés ces Africains », affirme Tahar Rani, journaliste de France 24 présent sur Lviv et qui a recueilli la parole de nombreux étudiants africains et maghrébins. Mustapha, un jeune guinéen de 25 ans, étudiant en médecine lui a raconté son parcours. Fuyant Karkiv où les combats sont particulièrement violents, Mustapha et son frère ont été bloqués pendant quatre jours dans la gare de Lviv après avoir été refoulés de la frontière polonaise. « Les Polonais nous ont dit que les noirs ne rentraient pas, qu’il n’y avait plus de place pour les migrants parce qu’ils en ont accueillis beaucoup. Au même moment, des réfugiés blancs passaient. » D’après lui, une délégation guinéenne avait fait le trajet côté polonais jusqu’à la frontière avec l’Ukraine mais n’a pas réussi à négocier leur passage. Les Polonais auraient exigé la venue d’un bus juste pour eux.

Ils avaient mis les noirs d’un côté et les blancs de l’autre.

Mustapha a donc dû rebrousser chemin et repartir vers la grande ville de Lviv en attendant de se présenter à une autre frontière plus clémente avec les Africains. Lorsque nous avons pu le joindre, il était en passe d’entrer en Slovaquie. Soulagé mais épuisé par ce périple. Un membre de sa famille, installé en Belgique doit venir le chercher.

Plusieurs diplomaties africaines tentent de venir en aide à leurs ressortissants bloqués aux frontières. Les autorités d’Afrique du Sud – dont 250 ressortissant vivaient en Ukraine - ont vivement réagi aux vidéos montrant des discriminations racistes aux frontières et ont envoyé l’ambassadrice sud-africaine en Pologne, Mme Mngomezulu, à la frontière.

Le président nigérian s’est de son côté outré du traitement réservé par les autorités ukrainiennes et polonaises à ses ressortissants, dont 4 000 étudiants résidaient en Ukraine avant la guerre. Dans un communiqué de presse, il condamne les « rapports malheureux de la police ukrainienne et du personnel de sécurité refusant d'autoriser les Nigérians à monter à bord des bus et des trains en direction de la frontière entre l'Ukraine et la Pologne », indiquant qu’« un groupe d'étudiants nigérians s'étant vu refuser à plusieurs reprises l'entrée en Pologne a conclu qu'il n'avait d'autre choix que de voyager à nouveau à travers l'Ukraine et de tenter de quitter le pays par la frontière avec la Hongrie ».

Lundi 28 février, dans un communiqué de presse, l’Union Africaine s’est aussi déclarée « particulièrement préoccupée par les informations rapportées selon lesquelles les citoyens africains, se trouvant du côté Ukrainien de la frontière, se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité », elle exhorte « tous les pays à respecter le droit international et à faire preuve de la même empathie et du même soutien envers toutes les personnes qui fuient la guerre, nonobstant leur identité raciale ».

Du côté marocain, une équipe consulaire a aussi été dépêchée à la frontière ukrainienne. Le royaume chérifien compte le plus grand nombre de ressortissants africains en Ukraine avec 12 000 personnes dont 8 000 étudiants. À Rabat, des familles de marocains résidant en Ukraine ont manifesté, vendredi, inquiètes pour leurs enfants bloqués en Ukraine. Dans un communiqué, le Maroc a incité ses ressortissants qui veulent fuir à se rendre aux points de passage avec la Roumanie, la Hongrie ou la Slovaquie. « Il n’y a aucun blocage au niveau de la Pologne », explique pourtant Abderrahim Atmoun, ambassadeur du Maroc en Pologne, qui justifie les problèmes de passage par l’afflux des réfugiés. D’après lui, 60 marocains auraient traversé la frontière. Une fois en Pologne, les ressortissants étrangers obtiennent un laisser-passer de quinze jours.


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