Un avenir qui ne passe pas

Les sorties d’Ivan Rioufol relèvent d’une minoration de la gravité des pratiques totalitaires.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


L’autre jour, sur CNews, dans l’émission de Pascal Praud, où il a un rond de serviette, le très (très) réactionnaire éditocrate Ivan Rioufol, collaborateur du Figaro, s’est lancé dans une énième dénonciation hallucinée de ce qu’il appelle la « ségrégation hygiéniste » et « totalitaire » que le gouvernement impose selon lui aux non-vacciné·es.

Rioufol produit, pour appuyer son propos, cette comparaison particulièrement dégueulasse : « Rappelez-vous quand même que, quand le ghetto de Varsovie a été créé en 1940, c’était d’abord un lieu hygiéniste, c’était un lieu qui était fait pour préserver du typhus. »

Bien évidemment, cette saillie recyclant des arguments de la propagande nazie a soulevé une assez vive offuscation – jusqu’au sein de la société des journalistes (SDJ) du Figaro, qui s’en est formellement émue.

Aussitôt, Rioufol s’est plaint que ces protestataires lui faisaient un « procès stalinien ». Son patron – Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro – s’est alors précipité à son secours, en répondant à la SDJ : « Si on ne connaissait pas Ivan, ses propos pourraient laisser croire à de la complaisance pour des thèses inacceptables. »

Cette réponse appelle deux remarques. Premièrement : Alexis Brézet, qui assure donc le connaître, sait forcément qu’Ivan Rioufol est un prosélyte de la fantasmagorie complotiste du « grand remplacement », et qu’il a même invité sur CNews l’écrivain Renaud Camus, inventeur de cette infecte mystification. Il a donc bel et bien, contrairement à ce que prétend son si arrangeant patron, « de la complaisance pour des thèses inacceptables ».

Deuxièmement : Alexis Brézet, qui lui apporte son soutien, ne peut pas ne pas avoir remarqué que les différentes sorties de Rioufol relèvent d’une même minoration a posteriori de la gravité de certaines pratiques propres aux totalitarismes nazi et stalinien. Car, bien sûr, la suggestion que les limitations temporaires imposées aujourd’hui aux non-vacciné·es seraient de même nature que les persécutions infligées aux juifs et aux juives de Varsovie en 1940 a pour effet d’atténuer très considérablement l’immense horreur de ces dernières. De la même façon, lorsque l’éditocrate Rioufol se plaint, entre deux apparitions à la télévision, d’être victime d’un « procès stalinien », il minimise sciemment la réalité de ce qu’étaient ces sinistres parodies de justice où tant de dissident·es ont trouvé la mort.

Il est vrai qu’il n’est pas le premier collaborateur du Figaro à se livrer à de telles manipulations : avant lui, Éric Zemmour, autre adepte assumé du mythe du « grand remplacement », s’était déjà fait une spécialité de brailler des insanités – sur Pétain « sauveur » des juifs et juives français·es, par exemple –, puis de se poser, quand ces saloperies soulevaient de l’indignation, et entre deux invitations médiatiques, en victime d’un « totalitarisme de type soviétique ».

Ainsi vont ces tricheurs et truqueurs – comme s’ils voulaient décidément, en suggérant qu’il n’était finalement pas beaucoup plus terrible que notre présent, rendre un avenir à un passé de cauchemar.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.