Un village par jour

Désormais, les morts du covid sont pleinement admises, et parfaitement tolérées.

Sébastien Fontenelle  • 23 février 2022
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Un village par jour
Le mouvement allemand Zéro covid solidaire manifeste à Francfort, en mai 2021.
© FRANK RUMPENHORST / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Voici quelques données chiffrées. Il y a, en France, 34 967 communes. Elles sont, pour la plupart, de taille modeste : près de la moitié d’entre elles – 17 328, exactement – comptent moins de 500 habitant·es. Et sur ces 17 328, il y en a même 11 639 qui en comptent moins de 300. Bon.

Imaginons maintenant que, tous les jours, plusieurs de ces villages soient purement et simplement rayés de la carte – et que la totalité de leur population disparaisse. Est-ce que nous accepterions, individuellement et collectivement, que de telles tragédies se reproduisent jour après jour – après jour, après jour ? Bien sûr que non. Et c’est heureux.

Sauf que.

Voici quelques autres chiffres : entre le 7 et le 19 février 2022 – date à laquelle j’écris ces lignes –, 3 498 personnes sont encore mortes, en France, du covid-19. Soit 269 personnes par jour.

Cette pandémie, qui a déjà fait ici plus de 130 000 morts en deux ans, et dont nous savons qu’elle tue prioritairement des personnes vulnérables – atteintes de comorbidités ou immunodéprimées, par exemple –, continue donc de décimer chez nous, tous les jours, l’équivalent des populations additionnées de plusieurs communes de moins de 300 habitants. C’est une horreur.

Mais désormais : ces morts sont pleinement admises, et parfaitement tolérées. Admises d’abord par un régime qui, loin de se scandaliser de ces pertes – c’est, dans son cas, le mot adéquat –, veut au contraire, pour mieux accroître ses profits propres – électoraux – et ceux de ses clientèles – capitalistes –, lever dans quinze jours – ou, si l’on préfère, dans 3 750 décès environ – les dernières mesures sanitaires limitant la propagation du virus.

Admises ensuite par la presse, qui, à de rarissimes exceptions près, ne parle plus du tout des morts du covid – sauf pour confectionner, de (très) loin en (très) loin, de graves papiers posant cette grave question : « Pourquoi la presse ne parle-t-elle plus des morts du covid ? »

Admises enfin, et c’est probablement le plus consternant, par une gauche institutionnelle et partidaire oublieuse de ses fondamentaux, qui, plutôt que de combattre pied à pied l’atroce laisser-mourir macroniste, a semble-t-il fait le choix de sacrifier notre sécurité sanitaire et sociale – et en particulier celle des plus fragiles – à de misérables calculs électoralistes, et se tient coite face à la catastrophe, comme si elle redoutait, à deux mois de l’élection présidentielle, de s’aliéner les hautes consciences « protestataires » pour qui la liberté ne s’arrête pas là où elle menace la vie des autres.

Par cette gauche accommodée au pire, qui regarde ailleurs quand des collectifs lancent des appels désespérés à « des pratiques de réduction des risques » ayant de longue date fait leurs preuves, et « une autodéfense sanitaire sur nos lieux de sociabilité, les lieux militants, les lieux de travail et d’étude ».

Par cette gauche qui a oublié la simple évidence que « ces pratiques ne sont pas tant des “sacrifices” que la recherche de la mise en cohérence de notre refus du darwinisme social et du validisme qui l’accompagne » (1).

(1) Collectif Zéro covid solidaire, « Faisons front pour construire l’autodéfense sanitaire et exiger des mesures solidaires », 10 février 2022, https://zero-covid.wixsite.com/accueil

Publié dans
De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

Temps de lecture : 3 minutes
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