Une réponse politique à l’inflation

Un contrôle des prix des biens alimentaires et de l’énergie pour protéger les plus faibles.

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L’inflation a atteint un niveau record : 5 % dans la zone euro en 2021. La majorité des économistes avaient d’abord estimé qu’elle serait temporaire et imputable à des problèmes logistiques. Mais elle se révèle plus structurelle. Les tenants d’une orthodoxie monétaire voient l’inflation comme l’effet de politiques budgétaires et monétaires trop expansionnistes. Elles augmenteraient trop vite la demande par rapport aux capacités de production, faisant monter les prix. Mais, augmenter un prix quand la demande est supérieure à l’offre n’est ni rationnel ni naturel. Ce n’est pas l’effet d’une « loi » mais d’un rapport social qui pousse les entreprises à chercher le profit maximum en profitant de leur position dominante. Cette analyse aussi superficielle qu’idéologique conduit à vouloir baisser la demande en redressant les taux d’intérêt, en imposant les politiques d’austérité budgétaire et en limitant la capacité des travailleurs à obtenir des augmentations de salaire. Ce serait évidemment précipiter la société dans une crise sociale majeure et risquer en sus l’effondrement financier, tant le néolibéralisme est assis sur une montagne de dettes privées et publiques. Tout cela, les banquiers centraux le savent. C’est pour cela que, jusqu’à présent, ils attendent, espérant encore l’inflation temporaire tout en indiquant qu’ils feront « ce qu’il faut » pour la briser. Mais que faut-il faire ? Si l’inflation est un phénomène récurrent de toute société avec un rapport marchand un peu étendu, ses causes sont diverses, car déterminées par le contexte historique dans lequel ce rapport marchand évolue. L’inflation de l’Argentine et du Venezuela n’a rien à voir avec celle des années 1930 en Allemagne ou encore celle de la France dans les années 1970.

Trois grands facteurs peuvent expliquer l’inflation actuelle. Le premier est la hausse des prix de l’énergie (1). Le deuxième est l’accélération de la numérisation de l’économie qui intègre et synchronise toujours plus les chaînes de production pilotées des grandes entreprises. Cela produit des effets de réallocations brutales et approfondit les situations de monopole favorables aux prix élevés. Le troisième est la hausse du prix des matières premières liée aux catastrophes climatiques. Ces trois facteurs s’alimentent et illustrent l’impasse dans laquelle nous sommes : trop forte intégration industrielle, consommation d’énergie insoutenable et agriculture intensive trop vulnérable.

La réponse à cette impasse n’est pas monétaire. Elle doit être politique. Elle passe par un contrôle des prix des biens alimentaires et de l’énergie pour protéger les plus faibles et les activités artisanales. Ce contrôle a aussi l’avantage de limiter l’obscène accumulation des profits des grandes entreprises qui profitent de cette inflation. La régulation des prix, hérésie pour l’orthodoxie économique, est une mesure politique. Elle doit être pensée et assumée comme telle, c’est-à-dire une « attaque contre la propriété » (2). Elle doit être accompagnée d’une remise en cause des structures du capitalisme fondées sur l’inégalité et la démesure productive.

Par Mireille Bruyère Membre du conseil scientifique d'Attac et des Économistes atterrés.

(1) Lire cette même chronique dans le numéro 1674.

(2) Expression du Thermidorien Boissy d’Anglas, cité par Romaric Godin dans « Un outil négligé de l’inflation », Mediapart, 7 janvier 2022.


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