Bons réfugiés, mauvais « migrants »

Les réfugiés européens méritent d’être accueillis. Les autres sont des « migrants », dont la détresse est peut-être feinte.

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La semaine dernière, un journaliste de BFM TV a tenu à évoquer, en direct, le sort des réfugié·es fuyant l’agression russe contre l’Ukraine, « parce que ça va être, a-t-il pronostiqué, une question importante ».

En effet, a-t-il ajouté : « On ne parle pas, là, de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien soutenu par Vladimir Poutine. On parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, et qui essaient juste de sauver leur vie. »

Ce rigoureux professionnel distingue donc très nettement les Européens, reconnaissables à ce qu’ils conduisent des voitures similaires aux nôtres, des Syriens, dont il suggère qu’ils poussent leur étrangetéjusqu’à s’engouffrer plutôt, lorsqu’ils tentent d’échapper aux bombes d’Assad, dans des véhicules automobiles qui ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons – et dont le sort ne saurait par conséquent être considéré comme une « question importante ». (Attends, t’es même pas blanc·che, tu roules dans une Mitroën à trois roues et tu voudrais qu’on te prenne au sérieux ?)

Quelques jours plus tard, creusant le même sillon, l’éditocrate Christophe Barbier a quant à lui réclamé, sur BFM TV toujours, où il dispose de son rond de serviette, un « geste humanitaire immédiat » en faveur des Ukrainien·nes fuyant leur pays. Car, a-t-il expliqué : « Tout d’abord, la nature des réfugiés n’est pas contestable. On voit bien ce qu’ils fuient et il n’est pas question de dire : “Est-ce que vous êtes vraiment des réfugiés ?” Ensuite […], ce sont des Européens de culture. Même si on n’est pas dans l’Union européenne, on est avec une population qui est très proche, très voisine. »

Puis d’ajouter : « Au-delà du secours d’urgence, il y a l’idée que cette situation ne va pas s’éterniser pendant des années. » C’est ce qu’il y a de bien, avec les Ukrainien·nes : « Nous ne sommes pas face à des migrants qui vont passer dans une logique d’immigration pour s’installer définitivement. » Bien au contraire : Christophe Barbier « pense qu’à un moment donné ils aspireront à retourner dans leur pays quand il aura retrouvé la paix et si possible la souveraineté ».

Avec un·e exilé·e blanc·he qui sait qui sont Jean Monnet et Robert Schuman, tout est tellement fluide, et la confiance nous vient tellement facilement, n’est-ce pas ?

Alors qu’avec un·e Afghan·e fuyant les talibans, par exemple, pardon de le dire, mais comment savoir si cet·te Arabo-musulman·e était réellement en danger dans son pays ? Comment savoir si cet·te intrus·e ne nous ment pas sur les vraies raisons de sa fuite éperdue, pour mieux s’incruster et voler le pain d’un·e Français·e ?

Au fond, c’est donc tout simple : les réfugiés européens méritent d’être accueillis sans condition ni contrôle. Les autres – tous les autres – sont a priori des « migrants », dont la détresse est peut-être feinte et dont la sincérité doit donc être interrogée. Les autres – tous les autres – doivent en somme montrer patte blanche.

Ce tri sélectif porte un nom…


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