Dossier : Politique, mobilisation, énergie : Le révélateur ukrainien

Entre sociétés civiles ukrainienne, russe et européennes, le dialogue englouti

Le délicat travail de rapprochement mené par les organisations citoyennes des deux pays depuis l’annexion de la Crimée a été anéanti en quelques heures par l’invasion de l’armée de Poutine.

Le 26 février, Tim Bohse se résout à prendre sa voiture pour fuir Sloviansk. Cette ville de l’Est ukrainien est située à quelques dizaines de kilomètres de la portion du Donbass occupée depuis 2014 par des forces séparatistes pro-russes. Deux jours auparavant, les chars du -Kremlin sont entrés dans le pays pour le libérer du « joug néonazi » qui pèserait sur la population. L’organisation non gouvernementale Deutsch-Russischer Austausch (Échanges germano-russes, DRA), qui emploie Tim Bohse, a jugé que la sécurité de son antenne de Sloviansk n’était plus garantie, même pour un salarié de nationalité allemande.

DRA, dont le siège est à Berlin, soutient depuis trois décennies les sociétés civiles d’Europe centrale et orientale engagées dans une coopération pacifique pour bâtir une Europe démocratique « sans frontières ». Un projet subversif par essence, face à l’ambition de Poutine.

« Kill-list »

Direction Dnipropetrovsk, à plus de deux cents kilomètres de là, pour Tim Bohse. « Mais c’est très risqué, même si ce n’est pas encore le chaos. » Le parcours se poursuit le long des villes d’Ouman, de Tchernivtsi, puis près de la Pologne, dans une ville dont Tim Bohse souhaite que nous taisions le nom pour ne pas risquer d’être localisé, afin de poursuivre son travail. « Cap à l’ouest de l’Ukraine, comme pour nombre de militant·es de notre large réseau de partenaires », complète Yuliya Erner à Berlin, coordinatrice à DRA d’un observatoire des droits humains dans l’est de l’Ukraine, dont son collègue assure le pilotage local. Ou plutôt « assurait », car toute perspective est désormais atomisée.

Tim Bohse évoque, entre autres, le projet soutenu par DRA d’un mémorial de l’ère soviétique à Droujkivka, situé à vingt kilomètres au sud de Sloviansk. La ville et sa région ont été le théâtre de massacres de juifs par les nazis, mais aussi d’exécutions massives commises par le NKVD russe contre des prisonniers politiques. Les militant·es qui portaient ce projet ont en partie trouvé refuge dans la capitale, Kyiv. Mais pour combien de temps ? D’autres ont tenu à rester à Droujkivka, « pour se mettre au service des autorités ukrainiennes locales, témoigne Tim Bohse. C’est extrêmement courageux ». Car, au-delà de l’exposition aux balles ou aux roquettes, des rumeurs circulent sur l’existence d’une « kill list », liste de personnes-clés dont l’envahisseur aurait planifié l’exécution afin de s’assurer d’écraser les oppositions.

« Toute la société civile ukrainienne est potentiellement dans le collimateur. »

Lutte contre la corruption, contre l’annexion du Donbass, pour la démocratie, pour la défense des droits humains, pour la protection de l’environnement… « Inutile de spéculer sur l’existence d’une telle liste : toute la société civile ukrainienne est potentiellement dans le collimateur, à ce stade, estime Ioulia Shukan, sociologue à l’université Paris-Nanterre, spécialiste des mobilisations collectives en Ukraine et au Bélarus. Les organisations militantes elles-mêmes en discutent en leur sein. »

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