Nucléaire : le débat confisqué

Derrière la relance du nucléaire, il y a la volonté de renouer avec le modèle productiviste.

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Le président-candidat Macron a annoncé, le 10 février, sans débat démocratique préalable, sa décision de doter la France de quatorze réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR2 (dont huit en option). Or ce choix engage l’avenir énergétique de notre pays pour plusieurs décennies et pose de redoutables problèmes qui auraient dû être mis sur la place publique, à l’approche de l’élection présidentielle.

Le principal argument avancé par les défenseurs du nucléaire est qu’il s’agit d’une énergie non carbonée conforme aux impératifs écologiques. Macron a obtenu de la Commission européenne l’inclusion du nucléaire dans sa « taxonomie verte », sorte de classification des modes de production d’énergie considérés comme vertueux. En contrepartie, pour obtenir le soutien de l’Allemagne, le gaz naturel est également considéré comme une « énergie de transition », ce qui discrédite totalement cette taxonomie.

Il n’y a pas eu de débat sur les menaces causées par la radioactivité des centrales nucléaires démantelées et des déchets qui seront enfouis pendant des siècles et sans doute plus. L’agression militaire russe contre l’Ukraine illustre ces menaces extrêmes du nucléaire. Les centrales de Tchernobyl et de Zaporijjia (la plus grande d’Europe) ont été attaquées par l’armée russe pour créer un climat de terreur nucléaire. Et que penser de la mise en état d’alerte nucléaire de son armée décidée par l’autocrate Poutine ? La Russie est, avec la France, l’un des pays où le nucléaire, civil et militaire, est le plus développé. Les liens étroits entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire n’ont été évoqués à aucun moment dans le débat public. La majorité de nos élites politiques endossent sans aucun esprit critique l’héritage nucléaire gaullien.

Il n’y a pas non plus de véritable débat sur les choix de société qui sous-tendent le nucléaire. Or, derrière la relance du nucléaire, il y a la volonté politique de renouer avec le modèle de croissance productiviste. Ce qui vient en contradiction avec deux dimensions essentielles de la bifurcation écologique. D’une part, l’impératif de sobriété indispensable à la préservation de notre écosystème et, d’autre part, le rôle central des énergies renouvelables, dont le développement sera (est déjà) entravé par la place dominante donnée au nucléaire.

Par ailleurs, la relance du nucléaire aura d’importantes implications sur l’avenir du service public de l’énergie. L’État vient d’accroître sa participation au capital d’EDF pour lui permettre de faire face aux investissements massifs requis par cette relance. Dans la logique néolibérale européenne, l’État français devra donner des « contreparties » à ces aides publiques susceptibles de « fausser la concurrence » sur le marché de l’énergie. Ce qui entraînera la mise en œuvre du plan Hercule, qui prévoit le démantèlement d’EDF et la privatisation d’une partie de ses activités dans les domaines stratégiques des barrages et des énergies renouvelables. Cette absence de débat public, imposée par le pouvoir politique et le lobby nucléaire, sur les conséquences de la relance du nucléaire constitue un déni de démocratie.

Par Dominique Plihon Membre du conseil scientifique d’Attac.


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